Le film controversé Satluj présenté au Canada malgré son interdiction en Inde
Le long métrage indien suscite un engouement important au sein de la diaspora sikhe au Canada..
Le film indien Satluj, mettant en scène la star sikhe Diljit Dosanjh, a été interdit en Inde début juillet 2026, seulement 48 heures après sa sortie sur la plateforme numérique ZEE5. Le gouvernement indien a justifié cette censure par des préoccupations de sécurité, craignant que le film ne ravive les tensions liées au mouvement indépendantiste pro-Khalistan au Pendjab. Ce mouvement, considéré comme terroriste par les autorités indiennes, cherche à créer un État séparé pour les sikhs. Le film raconte l'histoire vraie de Jaswant Singh Khalra, un militant des droits humains assassiné en 1995 après avoir révélé l'existence de 25 000 corps de civils sikhs incinérés secrètement par la police dans les années 1990.
Le film Satluj aborde un épisode sensible de l'histoire récente du Pendjab, une région du nord-ouest de l'Inde. Dans les années 1980-1990, des violences ont opposé les forces de l'ordre indiennes à des groupes séparatistes sikhs, dont certains réclamaient la création d'un État indépendant appelé Khalistan. Le gouvernement indien, dirigé par le parti nationaliste BJP, considère ces mouvements comme une menace pour l'unité du pays. Le film s'oppose au mythe fondateur officiel de l'Inde moderne, qui nie toute légitimité à ces revendications indépendantistes. Jaswant Singh Khalra, héros du film, a été enlevé et assassiné en 1995 par la police après avoir documenté les disparitions forcées de civils sikhs.
En Inde, le film a été bloqué par le Bureau central de certification des films (CBFC), l'organisme chargé d'autoriser les diffusions cinématographiques. Le gouvernement a également ordonné le retrait immédiat de la version numérique du film, arguant qu'il pourrait favoriser l'idéologie séparatiste. Le magazine Variety avait qualifié le film de potentiellement incendiaire dès sa sélection au Festival international du film de Toronto (TIFF) en 2023, sous son titre initial Punjab '95. Le film a finalement été retiré de la programmation du festival. Un responsable gouvernemental cité par The Indian Express a évoqué des risques pour la sécurité nationale pour justifier l'interdiction.
Malgré l'interdiction en Inde, le film Satluj est projeté publiquement au Canada, notamment dans la région de Vancouver, où vit la plus grande diaspora sikhe au monde. Des copies piratées circulent et des projections indépendantes sont organisées, comme à Surrey ou Edmonton, avec jusqu'à 400 participants attendus. Ces initiatives sont motivées par un devoir de mémoire envers Jaswant Singh Khalra et les victimes des violences policières. Le Canada, pays de liberté d'expression, ne censure pas les films, contrairement à l'Inde. Le député fédéral Randeep Sarai a souligné que la censure indienne a pour effet d'augmenter l'intérêt pour le film.
L'histoire de Jaswant Singh Khalra résonne particulièrement au Canada, où il avait des liens personnels. Son grand-père faisait partie des passagers du Komagata Maru, un navire dont l'entrée au Canada avait été refusée en 1914 en raison de discriminations raciales, bien que ses passagers fussent des sujets britanniques. Khalra lui-même s'était rendu au Canada pour dénoncer les violences policières au Pendjab avant d'être assassiné à son retour en Inde. Ces éléments rappellent les tensions historiques entre la communauté sikhe et les autorités canadiennes, ainsi que l'engagement actuel de la diaspora pour la justice et la vérité.
Le journaliste Gurpreet Singh, basé en Colombie-Britannique, rejette l'argument sécuritaire du gouvernement indien, le qualifiant de *désinformation*. Selon lui, la censure vise à masquer des vérités gênantes sur les institutions indiennes, notamment les violences policières. Les organisateurs des projections au Canada, comme Amandeep Ahluwalia, insistent sur la nécessité de diffuser la *vérité* pour que la communauté sikhe puisse en juger par elle-même. Le film, basé sur des *faits vérifiés*, est présenté comme un outil de sensibilisation aux droits humains, loin de toute propagande.

