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Généraliste

Appréhension et services réduits pour les enfants à besoins particuliers dans les garderies

Le Devoir · mis à jour il y a 5 j

Certains établissements ont cessé d’avoir recours à des orthophonistes et ont mis à pied des éducatrices spécialisées..

Nouveaux critères de financement

Le gouvernement du Québec a modifié les règles d'attribution des subventions destinées à soutenir l'intégration des enfants à besoins particuliers (EBP) dans les garderies. Jusqu'à présent, ces allocations étaient calculées en fonction du nombre d'enfants diagnostiqués, permettant aux milieux de garde accueillant plus d'EBP de recevoir davantage de fonds. Désormais, le financement sera réparti selon le nombre total d'enfants accueillis, qu'ils aient ou non des besoins particuliers. Cette réforme, annoncée par Le Devoir fin août 2026 et mise en place progressivement jusqu'en 2029, vise à rendre le système plus équitable entre les régions, selon le ministère de la Famille. Cependant, cette redistribution pourrait avantager les garderies accueillant peu d'EBP et pénaliser celles dont c'est la mission principale, comme certains centres de la petite enfance (CPE).

Réduction des services spécialisés

Les changements de financement ont déjà entraîné des coupes drastiques dans les services spécialisés proposés aux EBP dans les garderies. Plusieurs établissements ont réduit ou supprimé leur recours à des professionnels externes, comme des orthophonistes (spécialistes des troubles du langage) ou des éducatrices spécialisées (professionnelles formées pour accompagner les enfants avec des besoins spécifiques). Par exemple, l'orthophoniste Stéphanie Poirier a vu cinq des sept garderies de la Montérégie où elle intervenait mettre fin à leur collaboration pour des raisons budgétaires. De même, une firme privée comptant une trentaine de professionnelles, dont des orthophonistes et des psychoéducatrices (spécialistes des troubles du comportement et de l'apprentissage), a vu une dizaine de CPE réduire leurs contrats de moitié. Ces suppressions de services risquent de s'aggraver dans les années à venir, selon les acteurs du milieu.

Inquiétudes des professionnels

Les professionnels du secteur, comme Marie-Josée Trottier (dirigeante d'une firme privée) et Marie-Philippe Rodrigue (présidente de l'Association québécoise des orthophonistes et audiologistes), expriment de vives inquiétudes quant à l'avenir. Elles craignent que les garderies, déjà en difficulté financière, ne puissent plus maintenir les services spécialisés nécessaires aux EBP. Rodrigue souligne que certains milieux de garde ont déjà réduit la fréquence des visites des professionnels ou y ont mis fin, par précaution, en attendant de clarifier l'impact des nouvelles règles. Cette situation pourrait entraîner des bris de services (interruptions ou réductions brutales des accompagnements), ce qui aurait des conséquences négatives sur le développement des enfants concernés. En effet, un accompagnement personnalisé en bas âge est crucial pour leur parcours scolaire futur.

Réactions du ministère

Le ministère de la Famille justifie ces changements en affirmant qu'ils visent à simplifier l'accès aux services et à rendre le financement plus adapté aux besoins réels des enfants. Il souligne que l'ancien système créait des inégalités entre les régions, certains milieux ayant plus facilement accès aux professionnels nécessaires pour obtenir des diagnostics. Le nouveau modèle cherche donc à répartir les ressources de manière plus équitable. Cependant, les acteurs du terrain, comme Rodrigue, estiment que cette réforme ne tient pas suffisamment compte des disparités locales, notamment dans les secteurs où la proportion d'EBP est plus élevée. Le ministère n'a pas précisé comment ces nuances seront intégrées dans la nouvelle répartition des fonds.

Ce que ça pourrait changer

Geneviève Bégin, mère d'un enfant de 2 ans atteint d'une affection génétique rare affectant sa motricité et son alimentation, illustre les conséquences concrètes de ces changements. Son fils bénéficiait jusqu'à présent d'un accompagnement personnalisé dans son milieu de garde à Montréal, où le ratio d'enfants par éducatrice avait été réduit pour mieux répondre à ses besoins. Cependant, la garderie a demandé à la mère de faire une demande pour obtenir le *Supplément pour enfant handicapé* (une aide financière supplémentaire de Québec), un processus complexe et chronophage. Bégin, déjà surchargée, a dû solliciter l'aide de deux organismes communautaires pour remplir cette demande. Elle craint que sa requête soit refusée, ce qui priverait son fils des services actuels et pourrait nuire à son développement ou à sa sécurité.

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