Vertigo, DéteXtive et physique quantique avec Pierre Bayard
Hitchcock se serait-il encore trompé ? C'est ce que démontre Pierre Bayard dans son nouveau livre "Le Mystère Vertigo" (Minuit). On refait l'enquête avec ses acolytes Olivia Rosenthal, Hervé Le Tellier et Clémentine Beauvais..
Pierre Bayard, professeur émérite de littérature française et psychanalyste, a développé une méthode originale appelée critique policière. Celle-ci consiste à réexaminer des œuvres littéraires ou cinématographiques en supposant que les auteurs ou détectives se sont trompés. Cette approche a été formalisée dès 1998 avec son livre Qui a tué Roger Ackroyd?, où il remet en cause la résolution d’Agatha Christie. Bayard applique désormais cette méthode au film Vertigo d’Alfred Hitchcock, publié dans son ouvrage Le Mystère Vertigo (éditions de Minuit, collection Paradoxe) en 2026. Son travail s’appuie sur des incohérences narratives pour proposer de nouvelles interprétations, comme dans Œdipe n’est pas coupable (2021), où il défend une thèse alternative sur le mythe d’Œdipe.
La critique policière de Pierre Bayard repose sur une logique de reconstruction d’enquêtes fictives. Par exemple, en lisant la version de Œdipe roi par Voltaire, Bayard remarque une contradiction : un témoin affirme que Laïos a été tué par plusieurs personnes, alors qu’Œdipe déclare l’avoir tué seul. Pour Bayard, cette incohérence révèle une faille dans le récit, similaire à celle d’un roman policier mal ficelé. Sa méthode interroge non seulement la cohérence des œuvres, mais aussi leur capacité à tromper le lecteur ou le spectateur. Cette approche a inspiré des auteurs comme Clémentine Beauvais, qui a adapté ses principes dans une série jeunesse, Pierre Bayard DéteXtive privé, où le détective résout des énigmes littéraires pour un public jeune.
Clémentine Beauvais, écrivaine jeunesse et enseignante en sciences de l’éducation, a transformé Pierre Bayard en personnage de fiction dans sa série Pierre Bayard DéteXtive privé. Quatre tomes sont parus aux éditions Sarbacane : L’Affaire Petit Prince, Enquête sur Peter Pan, Code Petite Sirène et Le Dossier Pinocchio. Beauvais explique que les enfants abordent la lecture comme une enquête, en cherchant des indices et en faisant des prédictions. Cette approche rejoint la méthode bayardienne, où la lecture devient un acte actif de déduction. Pour Beauvais, incarner Bayard en fiction lui permet de ressentir les émotions de ses propres actions, comme une sensation de froid après qu’un auteur ait écrit une scène où son personnage tombe à l’eau.
Pierre Bayard s’attaque au film Vertigo d’Alfred Hitchcock, sorti en 1958, en soulignant ses incohérences narratives. Hitchcock lui-même avait reconnu des problèmes lors de son entretien avec François Truffaut en 1962. L’un des principaux défauts relevés par Bayard concerne le meurtrier Elster, qui suppose que Scottie, le personnage principal, sera pris d’une crise d’acrophobie en escaladant une tour. Bayard démontre que cette hypothèse est peu crédible, car Scottie aurait pu découvrir la supercherie. Cette analyse remet en cause le principe de la suspension volontaire de l’incrédulité, qui permet au spectateur d’accepter les éléments irréalistes d’une fiction. Pour Bayard, cette suspension n’est pas une fatalité : elle peut être questionnée et déconstruite.
Dans Le Mystère Vertigo, Pierre Bayard propose une hypothèse audacieuse : certaines fictions pourraient correspondre à des événements réels survenus dans d’autres univers parallèles. Il défend l’idée que nous coexistons dans une multitude d’univers, certains plus proches du nôtre, ce qui expliquerait des phénomènes comme les rêves prémonitoires, les déjà-vu, les coups de foudre ou même un phénomène qu’il nomme coup de haine. Cette théorie s’appuie sur des concepts de la physique quantique, une branche de la physique qui étudie les comportements de la matière à l’échelle atomique et subatomique. Hervé Le Tellier, président de l’Oulipo et auteur de L’Anomalie, apprécie ces hypothèses car elles ouvrent de nouvelles perspectives narratives et intellectuelles.
Olivia Rosenthal, écrivaine et dramaturge, aborde Vertigo sous un angle métaphorique et personnel. Dans son récit Ils ne sont pour rien dans mes larmes (éditions Verticales) et sa performance Le Vertige (présentée avec Chloé Moglia au Festival d’Avignon en 2012), elle explore le rapport entre Scottie et une femme qui pourrait être morte. Son travail se concentre sur l’idée de double-fantôme et sur l’expérience subjective du vertige, non seulement comme une peur physique, mais aussi comme une métaphore de l’écriture et de la création artistique. Pour Rosenthal, Vertigo est un film qui la traverse, c’est-à-dire qui la marque émotionnellement et intellectuellement, sans qu’elle puisse toujours en expliquer les raisons.
Pierre Bayard publie *Le Mystère Vertigo* aux éditions de Minuit dans la collection Paradoxe en 2026. Hervé Le Tellier voit l’adaptation en bande dessinée de son roman *L’Anomalie*, dessinée par Manuele Fior, paraître aux éditions Gallimard. Olivia Rosenthal est mise en avant avec l’exposition *Alberto Giacometti/Olivia Rosenthal: Sortir du bois* à l’Institut Giacometti à Paris, du 11 novembre 2026 au 21 février 2027. Enfin, Clémentine Beauvais a publié quatre tomes de sa série *Pierre Bayard DéteXtive privé* aux éditions Sarbacane. Ces actualités reflètent l’interconnexion entre leurs travaux respectifs, mêlant littérature, psychanalyse, physique quantique et création artistique.

