Aide à mourir : Sébastien Lecornu saisira le Conseil constitutionnel après le vote de mercredi
Le Sénat a rejeté le texte par trois fois, mais le gouvernement a décidé de donner le dernier mot à l’Assemblée. Le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), s’est, lui aussi, engagé à saisir le Conseil constitutionnel..
Les députés français doivent voter le 15 juillet 2026 une proposition de loi instaurant un droit à l’aide à mourir en France. Ce texte, déjà approuvé par l’Assemblée nationale à deux reprises, autoriserait pour la première fois dans le pays l’assistance au suicide ou l’euthanasie sous conditions strictes. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, premier ministre, a choisi de donner le dernier mot aux députés, comme le permet la Constitution française, après trois rejets successifs du texte par le Sénat. Cette décision s’inscrit dans un débat récurrent sur la fin de vie en France, où les positions entre partisans d’un assouplissement de la législation et opposants restent très divisées.
Après le vote des députés, le gouvernement Lecornu a annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel pour examiner la conformité du texte à la Constitution. Cette démarche vise à clarifier des points jugés sensibles, notamment le respect des principes de liberté personnelle et de dignité humaine garantis par la Constitution. Trois aspects seront particulièrement analysés : la durée du délai de réflexion de deux jours imposé au patient avant une confirmation de sa demande, la situation des majeurs protégés (personnes sous tutelle ou curatelle) et leur capacité à donner un consentement libre et éclairé, ainsi que l’articulation entre la clause de conscience (droit pour les soignants de refuser de pratiquer l’aide à mourir) et les projets d’établissements de santé qui excluent cette pratique.
Le texte prévoit un délai de réflexion minimal de deux jours pour le patient, une fois que le médecin a rendu sa décision favorable à l’aide à mourir. Ce délai permet au malade de confirmer ou non sa demande avant l’administration d’une substance létale. Cependant, certains opposants au texte estiment que ce délai est trop court pour garantir un choix pleinement réfléchi et libre. Ce point sera donc examiné par le Conseil constitutionnel, qui devra vérifier si ce délai respecte les principes constitutionnels de liberté et de dignité humaine, sans préciser si une durée plus longue serait requise.
Le texte aborde la situation des majeurs protégés, c’est-à-dire des personnes sous tutelle ou curatelle, qui pourraient être concernées par l’aide à mourir. La loi impose que leur consentement libre et éclairé soit vérifié, ce qui soulève des questions sur leur capacité réelle à exprimer un choix autonome. Les personnes légalement chargées de leur protection (tuteurs, curateurs) auront un rôle à jouer dans la procédure, notamment pour s’assurer que la demande émane bien de la volonté du patient. Le Conseil constitutionnel devra évaluer si ces dispositions garantissent suffisamment la protection des majeurs vulnérables.
Le texte intègre une clause de conscience, qui permet aux médecins et infirmiers de refuser de participer à l’aide à mourir pour des raisons personnelles ou éthiques. Parallèlement, certains projets d’établissements de santé ou médico-sociaux excluent explicitement cette pratique de leurs missions. Le Conseil constitutionnel devra examiner si cette articulation entre clause de conscience et exclusion de l’aide à mourir dans certains établissements respecte les principes constitutionnels. Cette question interroge l’équilibre entre liberté individuelle des soignants et accessibilité de la loi pour les patients.
Le Sénat, dominé par la droite, a rejeté le texte à trois reprises, estimant que les débats n’avaient pas été suffisamment approfondis. Le président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), a également annoncé son intention de saisir le Conseil constitutionnel, comme le gouvernement. Cette initiative reflète les tensions politiques autour du sujet, avec une opposition entre l’Assemblée nationale, qui a finalement le dernier mot grâce à la Constitution, et le Sénat, qui conteste la légitimité du processus. Le Conseil constitutionnel devra trancher sur la conformité du texte aux principes fondamentaux du droit français.

