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Un réflexe vieux de 300 millions d’années explique pourquoi les papillons de nuit se perdent autour des lampes

Science & Vie · mis à jour 28 juil.

Ce que nous croyions savoir des papillons de nuit et de leur passion pour la lumière vient de s'effondrer. Des chercheurs ont filmé leurs trajectoires image par image, en laboratoire comme en pleine forêt.

Origine du réflexe

Les papillons de nuit sont attirés par les lampes artificielles à cause d’un réflexe ancestral vieux de 300 millions d’années. À l’époque, les insectes utilisaient la lumière de la Lune ou des étoiles pour s’orienter lors de leurs déplacements nocturnes. Ce mécanisme, appelé phototaxie positive, leur permettait de voler en ligne droite en maintenant un angle constant par rapport à une source lumineuse lointaine. Les papillons de nuit ont conservé ce réflexe, même si les lampes modernes ne remplacent pas la Lune ou les étoiles. Leur système de navigation, basé sur cette lumière naturelle, les pousse donc à ajuster leur trajectoire en permanence autour des sources artificielles, les faisant tourner en spirale jusqu’à épuisement.

Mécanisme de désorientation

Lorsqu’un papillon de nuit s’approche d’une lampe, son système de navigation entre en conflit. La lumière artificielle est bien plus proche que la Lune ou les étoiles, mais le réflexe du papillon reste le même : il cherche à maintenir un angle constant par rapport à la source lumineuse. Résultat, au lieu de voler en ligne droite comme avec la Lune, il tourne en cercle autour de la lampe. Ce phénomène s’explique par une confusion entre la lumière lointaine (naturelle) et la lumière proche (artificielle). Les scientifiques appellent cela l’effet de piège phototactique. Plus la lampe est intense, plus le papillon reste piégé, incapable de s’en échapper.

Conséquences écologiques

Ce réflexe ancestral a des conséquences dramatiques pour les papillons de nuit et les écosystèmes. Chaque année, des milliards d’insectes meurent attirés par les lampadaires, les enseignes lumineuses ou les phares de voiture. Cette mortalité massive perturbe les chaînes alimentaires, car les papillons de nuit sont une source de nourriture essentielle pour de nombreux oiseaux, chauves-souris et petits mammifères. De plus, leur disparition réduit la pollinisation de certaines plantes nocturnes, affectant ainsi la biodiversité. Les scientifiques estiment que l’éclairage artificiel est l’une des causes majeures du déclin des insectes, avec une baisse de 75 % des populations d’insectes volants en Europe depuis 1990.

Solutions envisagées

Pour limiter ce phénomène, plusieurs solutions sont étudiées ou déjà mises en place. Les éclairagistes proposent d’utiliser des lampes émettant dans des longueurs d’onde moins attractives pour les insectes, comme le rouge ou l’infrarouge. Une autre piste consiste à orienter les lumières vers le sol plutôt que vers le ciel, réduisant ainsi leur visibilité pour les papillons. Des études montrent aussi que les papillons sont moins attirés par les lumières pulsées que par les lumières continues. Enfin, certaines villes expérimentent l’extinction partielle de l’éclairage public pendant les heures où les insectes sont les plus actifs, généralement après minuit. Ces mesures pourraient réduire de 50 % à 80 % l’impact des lampes sur les papillons.

Ce que ça pourrait changer

Les scientifiques continuent d’étudier ce phénomène pour mieux comprendre ses mécanismes et proposer des solutions durables. Une équipe de chercheurs de l’*Université de Lund* en Suède a récemment découvert que certains papillons de nuit pouvaient s’adapter à des sources lumineuses moins intenses après quelques générations. D’autres travaux, menés par l’*Institut Max Planck* en Allemagne, explorent l’utilisation de capteurs pour détecter et éteindre automatiquement les lampes lorsqu’un papillon s’en approche. Ces recherches pourraient aboutir à des technologies innovantes pour concilier éclairage urbain et préservation de la biodiversité. Les résultats pourraient être publiés d’ici 2028.

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