NapseflowNapseflow
Géopolitique

La nationalisation qui vient

Le Grand Continent · mis à jour il y a 19 j

Ce n'est pas Marx, ce n'est pas Trump. Généalogie historique du nouveau paradigme géo-économique.

Nouvelle vague de nationalisations

Depuis 2026, plusieurs pays occidentaux et émergents adoptent des mesures de nationalisation, c'est-à-dire le transfert de la propriété ou du contrôle d'entreprises privées vers l'État. Cette tendance se manifeste en Europe avec la Belgique, qui envisage de reprendre les sept réacteurs nucléaires exploités par le groupe français ENGIE sur son sol, fournissant jusqu'à 45 % de l'électricité belge. Le Royaume-Uni nationalise ses chemins de fer depuis 2024 et a pris le contrôle de British Steel en 2025. La France a voté en 2025 et 2026 la nationalisation des activités d'ArcelorMittal sur son territoire. Aux États-Unis, l'administration Trump a acquis des participations majoritaires dans des entreprises stratégiques comme MP Materials (terres rares) et a imposé des mesures coercitives contre des géants technologiques. Cette vague s'étend aussi en Amérique latine, en Afrique et en Asie, avec des nationalisations dans les secteurs miniers, énergétiques et agricoles.

Motivations économiques

Les nationalisations répondent à plusieurs enjeux économiques. D'abord, elles visent à stabiliser les prix de l'énergie et des services essentiels, comme l'électricité ou l'eau, en période de crise. Par exemple, les centrales nucléaires belges génèrent pour ENGIE un bénéfice annuel stable de 1,5 à 2 milliards d'euros, ce qui rend leur nationalisation financièrement intéressante pour l'État. Ensuite, ces mesures permettent de sécuriser l'approvisionnement en biens stratégiques, comme les terres rares ou les puces électroniques, face aux tensions géopolitiques. Enfin, elles peuvent servir à financer des services publics ou des fonds souverains, comme au Chili ou en Indonésie, où les recettes issues de ces nationalisations renforcent les budgets sociaux. Ces politiques s'inscrivent dans un contexte de hausse des inégalités et de coût de la vie, poussant les États à intervenir pour protéger les populations.

Diversité des acteurs politiques

La vague actuelle de nationalisations transcende les clivages politiques traditionnels. En Belgique, le Premier ministre de droite Bart De Wever, généralement favorable au libre-marché, a lancé des négociations pour nationaliser les centrales nucléaires. Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a nationalisé des entreprises comme British Steel et Thames Water. Aux États-Unis, l'administration Trump, issue de l'aile populiste du Parti républicain, a adopté des mesures interventionnistes dans les secteurs technologiques et industriels. À l'inverse, des figures progressistes comme Bernie Sanders défendent la nationalisation partielle des entreprises d'intelligence artificielle, proposant même une taxe de 50 % sur leur capital, payable en actions. Cette diversité montre que les nationalisations ne sont plus l'apanage d'un seul courant idéologique.

Contexte géopolitique et crises

Les nationalisations s'inscrivent dans un contexte de tensions géopolitiques et de crises multiples. Les conflits en Europe de l'Est et au Moyen-Orient ont accru les besoins de stabilisation des marchés et de sécurisation des approvisionnements. Les sanctions économiques contre la Russie et les rivalités technologiques avec la Chine ont poussé les États à renforcer leur contrôle sur les secteurs stratégiques. Par exemple, l'administration Trump a imposé la vente forcée de TikTok à des investisseurs américains et a pris une participation dans Intel. De même, l'Union européenne et des pays comme la Chine ou l'Indonésie adoptent des politiques mercantilistes, c'est-à-dire des stratégies visant à protéger leurs intérêts économiques nationaux. Ces mesures reflètent une radicalisation des politiques géoéconomiques, où les États cherchent à réduire leur dépendance aux marchés internationaux.

Effets d'imitation et pression sociale

Les nationalisations ne sont pas seulement motivées par des calculs économiques ou géopolitiques, mais aussi par des effets d'imitation et des pressions sociales. Lorsqu'un État puissant comme les États-Unis ou la Chine nationalise une entreprise, cela incite d'autres pays à adopter des mesures similaires par crainte de perdre un avantage concurrentiel. Par ailleurs, la hausse des inégalités et le coût de la vie poussent les populations à réclamer un meilleur accès aux services essentiels, comme le logement ou l'énergie. À Berlin, un référendum en 2021 a approuvé l'expropriation de Deutsche Wohnen & Co., la plus grande société immobilière privée de la ville, pour garantir des loyers abordables. À Paris et Barcelone, des politiques municipales visent à acquérir des terrains privés pour augmenter les équipements publics. Ces mouvements montrent que les nationalisations répondent aussi à des demandes sociales fortes.

Ce que ça pourrait changer

Les nationalisations peuvent avoir des effets ambivalents. D'un côté, elles permettent à l'État de contrôler des secteurs clés, de stabiliser les prix et de financer des services publics. Par exemple, la nationalisation des centrales nucléaires belges vise à fournir une électricité bon marché et fiable. De l'autre, elles peuvent décourager l'investissement privé et créer des tensions avec les propriétaires expropriés. Certains économistes soulignent que l'intérêt des nationalisations réside moins dans leur application réelle que dans leur caractère incitatif : elles poussent les entreprises privées à moderniser leurs infrastructures pour éviter d'être reprises par l'État. Enfin, ces mesures s'inscrivent dans une tendance plus large de retour à des politiques interventionnistes, où les États cherchent à reprendre le contrôle sur des secteurs stratégiques, mais aussi à sanctionner leurs rivaux ou à confisquer leurs ressources.

Sujets complémentaires