"Les Suppliants" de Elfriede Jelinek
" Ne veux tu pas de nous, oui, toi ? " Une virulente critique de l’inhumanité des politiques européennes face à l’accueil des demandeurs d’asile par Elfriede Jelinek, écrivaine subversive à la langue-fleuve, récompensée par le prix Nobel de littérature..
Les Suppliants est une pièce de théâtre écrite par Elfriede Jelinek en 2013. Elle s’inspire directement des Suppliantes d’Eschyle, une tragédie grecque antique, mais la réinterprète pour dénoncer les politiques européennes contemporaines face à l’accueil des demandeurs d’asile. Jelinek, autrice autrichienne récompensée par le prix Nobel de littérature en 2004, y critique avec virulence l’inhumanité des gouvernements européens, notamment autrichiens, qui négligent ou rejettent les réfugiés. La pièce a été créée en réaction à un événement précis : en 2013, des réfugiés ont occupé une église à Vienne pour attirer l’attention de l’opinion publique, restée largement indifférente à leur sort.
La pièce se présente sous la forme d’un chœur, une technique théâtrale antique où des personnages parlent ou chantent à l’unisson pour exprimer une idée collective. Ici, la voix des réfugiés, représentée par ce chœur, est composée de fragments de récits mythologiques ou bibliques, de discours politiques, de textes administratifs et de propos de citoyens européens. Elfriede Jelinek utilise une langue-fleuve, un style d’écriture dense et prolifique, pour créer une prière discordante et magistrale. Ce flux de mots reflète l’absurdité et l’oppression des clichés sociaux, tout en donnant une dimension poétique et politique à la souffrance des demandeurs d’asile.
Elfriede Jelinek, née en 1946 en Autriche, est une figure majeure de la littérature contemporaine. Musicienne de formation, elle se consacre rapidement à l’écriture et devient une voix critique de la société bourgeoise, conformiste et oublieuse de son histoire. Son œuvre, souvent subversive et provocatrice, explore les mécanismes du pouvoir, de l’autorité et des inégalités. En 2013, son engagement se concrétise avec Les Suppliants, une réponse directe aux politiques migratoires européennes. La pièce est publiée et représentée par L’Arche Éditeur et l’Agence Théâtrale, avec une traduction en français assurée par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke.
La pièce a été enregistrée en public le 11 juillet 2026 lors du Festival d’Avignon, dans le jardin du musée Calvet. La réalisation est signée Cédric Aussir, avec Anne-Lise Heimburger dans le rôle principal. La musique, composée par Eve Risser, accompagne la performance pour renforcer l’émotion et la dimension chorale de l’œuvre. La diffusion de cette captation sur France Culture, dans l’émission Fictions / Théâtre et Cie, permet de toucher un large public et de sensibiliser aux enjeux de l’accueil des réfugiés. La pièce est également disponible sous forme de podcast, accessible en ligne.
Un passage de la pièce illustre la détresse des réfugiés : « Vivants. Vivants. C’est le principal, nous sommes vivants, et ce n’est pas beaucoup plus qu’être en vie après avoir quitté la sainte patrie. Pas un regard clément ne daigne se tourner vers notre procession, mais nous dédaigner, ça ils le font. » Ce texte met en lumière l’indifférence des sociétés d’accueil, qui préfèrent ignorer ou mépriser ceux qui fuient la guerre ou la persécution. Les mots de Jelinek soulignent l’absurdité d’une humanité qui se prétend civilisée, mais qui nie la dignité des plus vulnérables.
Elfriede Jelinek a reçu le prix Nobel de littérature en 2004 pour *« le flot musical de voix et de contre-voix dans ses romans et ses drames qui dévoilent avec une exceptionnelle passion langagière l’absurdité et le pouvoir autoritaire des clichés sociaux »*. Cette distinction internationale consacre son talent pour mêler critique sociale, innovation linguistique et engagement politique. Son œuvre, traduite dans de nombreuses langues, continue d’inspirer et de provoquer, notamment à travers des pièces comme *Les Suppliants*, qui restent d’une actualité brûlante.

