En Pologne, les agressions se multiplient contre les Ukrainiens
L’hebdomadaire conservateur polonais “Wprost” alerte sur la montée du sentiment anti-ukrainien en Pologne. Des dizaines de ressortissants ont fait l’objet d’agressions en Pologne depuis la résurgence, en juin, d’un conflit mémoriel entre les deux pays..
En Pologne, les tensions entre Ukrainiens et Polonais trouvent leurs racines dans des événements historiques douloureux. En 1943, l’UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne), un groupe armé ukrainien, a perpétré des massacres contre des civils polonais dans l’actuelle région de l’Ukraine occidentale. Ces événements, encore vifs dans les mémoires, alimentent aujourd’hui des conflits mémoriels et des tensions sociales. Bien que ces violences remontent à plus de 80 ans, elles continuent d’influencer les relations entre les deux pays, notamment lors de crises récentes comme l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Les médias polonais soulignent que ces tensions historiques sont parfois instrumentalisées à des fins politiques, notamment électorales, ce qui aggrave les divisions.
Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, près d’1 million d’Ukrainiens ont trouvé refuge en Pologne. Ils s’ajoutent aux 500 000 Ukrainiens déjà présents dans le pays avant la guerre. La Pologne est ainsi devenue l’un des principaux pays d’accueil pour les réfugiés ukrainiens en Europe. Cette situation a permis à de nombreuses familles ukrainiennes de se reconstruire, notamment à travers l’accès à l’éducation pour les enfants. Par exemple, dans certains quartiers de Varsovie, près d’un cinquième des élèves sont issus de familles ukrainiennes, sans que des conflits ne soient signalés entre les enfants ou leurs parents. Cependant, cette cohabitation pacifique contraste avec une montée des tensions récentes.
Depuis juin 2026, plusieurs agressions contre des Ukrainiens en Pologne ont été signalées par les médias locaux. À Gdansk (nord du pays), une vendeuse ukrainienne a été insultée par un client qui l’a traitée de sale Ukrainienne après qu’elle a refusé de lui vendre de l’alcool. À Bielsko-Biała (ouest du pays), un homme a harcelé deux adolescentes ukrainiennes en leur disant : Vous les merdeux, vous avez grandi à nos crochets. Ça sera bientôt fini. Vous allez dégager en Ukraine. Dans les deux cas, les agresseurs ont été arrêtés. Ces incidents illustrent une augmentation des actes de haine envers les Ukrainiens, un phénomène qui s’est intensifié ces dernières années.
Les statistiques officielles révèlent une hausse préoccupante des crimes de haine envers les Ukrainiens en Pologne. Selon les données de la police, 275 cas ont été déclarés entre janvier et juillet 2026, contre 180 sur la même période en 2025, soit une augmentation de 30 %. Ces chiffres, rapportés par des médias comme le quotidien Rzeczpospolita, reflètent une tendance inquiétante. Les agressions ne se limitent pas à des insultes : elles incluent des menaces, des violences physiques et des discriminations. Cette escalade coïncide avec une montée des discours nationalistes en Ukraine et une augmentation du sentiment anti-ukrainien en Pologne, selon des observateurs comme l’historien Tomasz Nalecz et l’ancien député Tadeusz Cymanski.
Les relations entre la Pologne et l’Ukraine sont tendues, notamment en raison de l’instrumentalisation politique des conflits mémoriels. L’historien Tomasz Nalecz, ancien conseiller du président polonais Bronislaw Komorowski, souligne que ces tensions sont regrettables et que la société polonaise, dans son ensemble, ne tolère pas les agressions contre les Ukrainiens. Cependant, il reconnaît que les relations diplomatiques entre les deux pays sont mises sous pression par des calculs politiques internes. De son côté, Tadeusz Cymanski, un ancien élu du parti PiS (Droit et Justice), évoque un scénario tragique : d’un côté, la montée des forces nationalistes en Ukraine, et de l’autre, l’accroissement du sentiment anti-ukrainien en Pologne. Il appelle à cesser d’utiliser ces questions historiques à des fins électoralistes pour éviter une détérioration durable des relations bilatérales.
L’hebdomadaire polonais *Wprost* a marqué l’actualité en publiant, le 20 juillet 2026, une une symbolique reproduisant un dessin de 2022. Ce dessin montrait une femme ukrainienne fuyant une maison en feu, symbolisant l’exode des réfugiés ukrainiens au début de la guerre. En 2026, la même image est réutilisée pour illustrer une réalité inverse : une femme ukrainienne quittant une maison marquée du mot *Go Home* (*Rentre chez toi*), reflétant le rejet croissant des Ukrainiens en Pologne. Ce choix éditorial souligne l’évolution des perceptions et des tensions entre les deux communautés, passant de l’accueil à l’hostilité, dans un contexte où la guerre en Ukraine reste un sujet sensible pour les Polonais.

