L’Inde libère les chefs du mouvement des « cafards »
Les chefs sont derrière une mobilisation qui exige la démission du président de la commission électorale..
Le mouvement des « cafards » est un mouvement de contestation né en Inde au printemps 2023, principalement porté par des jeunes en ligne. Son nom fait référence à une déclaration du président de la Cour suprême indienne, Surya Kant, qui avait qualifié les jeunes chômeurs de parasites et de cafards en mai 2023. Ce mouvement, officiellement appelé Parti du peuple des cafards (CJP), dénonce des politiques gouvernementales qu'il juge injustes envers les minorités et les populations vulnérables. Ses revendications portent notamment sur la révision des listes électorales, accusée d’exclure arbitrairement des électeurs, et sur la démission du président de la commission électorale, Gyanesh Kumar, considéré comme un proche du gouvernement de Narendra Modi.
Samedi, à l’approche d’une manifestation prévue à New Delhi, les autorités indiennes ont procédé à des milliers d’arrestations pour en empêcher la tenue. Selon des journalistes de l’AFP, des manifestants tentant de rejoindre le centre-ville ont été interceptés par la police et forcés de monter dans des bus affrétés par les forces de l’ordre. Aucun décompte officiel des arrestations n’a été publié, mais la répression a été qualifiée de musclée par les observateurs. L’Organisation des Nations unies (ONU) a réagi en exigeant la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues arbitrairement. La Cour suprême indienne a rappelé dimanche que la détention ne peut se faire qu’en respectant la procédure légale.
Trois dirigeants du mouvement des cafards, arrêtés samedi à leur arrivée à New Delhi, ont été libérés dimanche après 24 heures de détention. Leur avocate, Ratna Singh, a indiqué que cette libération était conditionnée à l’engagement de ne pas troubler l’ordre public pendant un an. Le Parti du peuple des cafards (CJP) a contesté cette condition, affirmant que participer à une manifestation pacifique relève d’un droit constitutionnel et ne perturbe pas l’ordre public. L’un des trois leaders libérés, Saurav Das, a immédiatement appelé à poursuivre la mobilisation en exhortant la population à manifester pacifiquement. Le fondateur du mouvement, Abhijeet Dipke, a critiqué vertement le Premier ministre Narendra Modi sur le réseau social X, l’accusant de dérive autoritaire depuis son arrivée au pouvoir en 2014.
Depuis plusieurs semaines, l’opposition et le mouvement des cafards dénoncent une révision des listes électorales en Inde, entamée en 2022. Officiellement, ce nettoyage visait à supprimer les doublons, les défunts et les fraudeurs. Cependant, les détracteurs du gouvernement, dont le Congrès (parti d’opposition) et la coalition India, accusent cette opération d’écarter principalement les minorités, notamment les musulmans, et les populations vulnérables. Selon les médias, 130 millions d’inscrits auraient été radiés. La commission électorale et son président, Gyanesh Kumar, ont nié toute irrégularité, mais l’opposition parle de manipulation politique pour favoriser le BJP, le parti de Modi.
La vague d’arrestations a suscité de vives critiques en Inde, où l’opposition dénonce une dérive autoritaire du gouvernement de Narendra Modi. La Cour suprême indienne est intervenue dimanche pour rappeler au gouvernement le respect strict de la loi, soulignant que la liberté de mouvement et l’accès à internet doivent être garantis. L’avocat Sanjay Hegde, spécialiste des droits humains, a salué cette décision en affirmant que l’ordre public devait être régi par la constitution, et non par la police. Le chef de l’opposition, Rahul Gandhi, a annoncé que le Congrès, la coalition India et les jeunes du mouvement des cafards organiseraient une nouvelle manifestation massive le lundi 12 octobre à New Delhi.
Le mouvement des cafards s’inscrit dans un contexte de tensions politiques en Inde, où *Narendra Modi* et son parti, le **BJP**, sont accusés de marginaliser les minorités et de restreindre les libertés. Le site emblématique de *Jantar Mantar*, à New Delhi, est un lieu historique de contestation. C’est là que les cafards avaient obtenu en juillet 2023 la démission du ministre de l’Éducation, après des fraudes aux examens universitaires. Cette crise avait marqué une rare défaite pour *Modi*, contraint pour la première fois de céder face à la pression de la rue depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Le centre de New Delhi est resté dimanche sous haute surveillance policière, avec des effectifs importants autour de *Jantar Mantar*.

