En Bretagne, de mystérieux tertres pourraient bien cacher des stèles à silhouette humaine du néolithique
Deux tertres néolithiques du Morbihan abritent des amas de pierres enfouis. Une prospection électrique les a localisés à Trédion, sans creuser, et rapproche ces monuments de terre de ceux du Bassin parisien..
En Bretagne, plus précisément dans le Morbihan, des chercheurs ont étudié deux tertres néolithiques situés à Trédion, dans la forêt des Landes de Lanvaux. Ces tertres, nommés TRED30 et TRED31, font partie d’une nécropole néolithique découverte en 1986 et comptant 95 sites mégalithiques. Les tertres mesurent entre 50 et 80 mètres de long, 25 à 40 mètres de large et seulement 1,40 à 1,80 mètre de haut. Leur surface est discrète, mais des mesures géophysiques ont révélé la présence d’amas de pierres enfouis sous la terre. Ces monuments, jamais fouillés, pourraient cacher des structures plus anciennes, comme des stèles à silhouette humaine. Les chercheurs Philippe Gouézin (CNRS – Université Rennes 1) et Vivien Mathé (CNRS – La Rochelle Université) ont publié leurs résultats dans la revue Archaeological Prospection en 2026.
Pour explorer ces tertres sans les endommager, les chercheurs ont utilisé une technique appelée prospection électrique. Cette méthode repose sur la mesure de la résistivité du sol, c’est-à-dire sa capacité à conduire l’électricité. Les sols humides ou argileux conduisent bien le courant, tandis que les blocs de granite massif y résistent. En déplaçant un résistivimètre point par point sur une surface de près de 3 000 m², les scientifiques ont cartographié les anomalies de résistivité. Les zones très résistantes (jusqu’à 1 500 ohms-mètres) indiquent la présence probable de blocs de granite enfouis. Cette technique permet de visualiser des structures souterraines sans creuser, comme le montrent les cartes de résistivité publiées dans l’étude.
En 1993, un sondage réalisé sur un tertre voisin, TRED36, avait révélé la présence de deux dalles aux contours vaguement humains, appelées stèles anthropomorphes. Ces monolithes pourraient représenter des ancêtres ou des divinités, mais leur fonction exacte reste inconnue. Les chercheurs estiment que d’autres tertres de la nécropole pourraient cacher des structures similaires. Les dalles visibles en surface sur certains tumulus pourraient correspondre à ces stèles, mais leur rôle précis dans les pratiques funéraires ou cultuelles du Néolithique n’a pas encore été élucidé. Cette découverte renforce l’hypothèse d’une tradition architecturale plus large, liée à des monuments similaires trouvés dans d’autres régions de France.
Les tertres de Trédion présentent des caractéristiques architecturales comparables à celles des monuments de type Passy, identifiés notamment dans l’Yonne. Ces structures, datées du Néolithique ancien à moyen, se distinguent par leur forme allongée et leur construction en paniers, c’est-à-dire par l’accumulation de couches de terre apportées charge par charge. Un fossé périphérique typique de ces monuments a été identifié lors des sondages de 1993 sur TRED36. Cette similitude suggère que les tertres de Coëby pourraient appartenir à une tradition architecturale plus ancienne et plus étendue, s’étendant de la Normandie à l’Yonne, et non limitée à la Bretagne.
Les tertres de Coëby à Trédion sont remarquables car ils ont conservé leur masse tumulaire intacte, contrairement à la plupart des sites similaires qui ont été arasés avec le temps. Cette conservation exceptionnelle en fait un cas rare pour étudier l’architecture et les pratiques funéraires du Néolithique. Cependant, leur datation précise reste incertaine. Les chercheurs estiment qu’ils pourraient dater du Néolithique ancien à moyen, entre 4 400 et 4 200 avant notre ère, en se basant sur les dolmens à couloir voisins. Une fouille exhaustive est désormais envisagée pour dater précisément ces monuments et comprendre leur fonctionnement.
Un chemin forestier a déjà endommagé le tertre TRED30, entraînant l’arasement de plus de 300 m², soit environ 20 % de sa surface. Tous les tumulus répertoriés dans la nécropole sont désormais protégés, mais cette dégradation souligne l’urgence de préserver ces sites. Une fouille complète du tertre TRED36 est prévue pour mieux comprendre son architecture et son usage funéraire. Cette opération permettrait également d’affiner la chronologie de la nécropole de Coëby et de compléter les connaissances sur les pratiques néolithiques en Bretagne. Les chercheurs insistent sur l’importance de la collaboration entre archéologues et géophysiciens pour orienter les fouilles et interpréter les résultats.

