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Économie

Brésil : le « bolsonarisme » peut-il survivre à Jair Bolsonaro ?

LVSL · mis à jour 3 oct.

Castration chimique pour les violeurs, méga-prisons à la salvadorienne, grâce promise à un père putschiste : le programme de Flávio Bolsonaro ne laisse guère de doute sur ses intentions. Un an à peine après la condamnation retentissante de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’État, son fils aîné talonne Lula dans les sondages, à quelques jours du premier tour.

Élection serrée au Brésil

Les élections présidentielles brésiliennes de 2026 s'annoncent très disputées entre Luiz Inácio Lula da Silva (Lula), candidat du Parti des travailleurs (PT), et Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro et héritier de son mouvement politique appelé le « bolsonarisme ». Selon les sondages publiés fin septembre 2026, les deux candidats sont au coude-à-coude à la veille du premier tour prévu le 4 octobre. En 2022, Lula avait battu Jair Bolsonaro avec seulement 1,8 point d'avance, le résultat le plus serré de l'histoire récente du Brésil. Cette élection est donc cruciale, car elle pourrait redéfinir l'équilibre politique du pays, l'un des derniers grands bastions démocratiques d'Amérique du Sud.

Condamnation de Bolsonaro

En septembre 2025, Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour sa participation à une tentative de coup d'État militaire visant à annuler les résultats de l'élection présidentielle de 2022. Ce procès a été qualifié d'exemplaire pour la démocratie brésilienne par des médias internationaux comme Le Monde. Pourtant, malgré cette condamnation, le bolsonarisme reste une force politique majeure, portée notamment par son fils Flávio Bolsonaro, qui talonne Lula dans les intentions de vote. Ce mouvement politique, qui mêle conservatisme social, discours anti-système et soutien à l'agro-industrie, a su s'enraciner durablement dans certaines régions du Brésil.

Clivages régionaux persistants

La vie politique brésilienne reste marquée par un clivage géographique et social ancien : le Nordeste, région pauvre du nord-est du pays, est traditionnellement un bastion de la gauche, tandis que le sud et l'ouest, dominés par l'agro-industrie (soja et élevage bovin), votent massivement pour l'extrême droite. Cette ceinture agro-industrielle, qui s'étend du Rio Grande do Sul à l'Amazonie en passant par le Paraná, représente une assise territoriale aussi solide que celle du PT dans le Nordeste. Cette division explique en partie la polarisation politique du pays et le poids électoral des deux camps.

Montée de l'agro-bolsonarisme

Le « bolsonarisme » a trouvé un terreau fertile dans les régions agricoles du Brésil, où les petits et moyens propriétaires terriens, souvent en position de subordination face aux grands groupes agro-industriels, se méfient à la fois des mouvements sociaux (ouvriers agricoles, communautés autochtones) et des politiques du PT, qu'ils accusent d'avoir favorisé la concentration des terres. Ces agriculteurs et éleveurs ont progressivement pris le contrôle des associations de producteurs et des groupes parlementaires agraires, transformant leur défense des intérêts économiques en un projet politique national. Ce phénomène, appelé « agro-bolsonarisme », a permis à l'extrême droite de s'imposer comme une force hégémonique dans ces régions.

Programme de Flávio Bolsonaro

Flávio Bolsonaro, âgé de 45 ans et candidat à la présidentielle de 2026, propose un programme radical inspiré des idées de son père. Parmi ses propositions figurent la castration chimique pour les violeurs, la création de méga-prisons inspirées du modèle salvadorien, et des mesures en faveur des militaires, comme une grâce pour un père putschiste. Ces positions, couplées à un discours sécuritaire et conservateur, lui permettent de capter une partie de l'électorat déçu par les politiques traditionnelles. Son ascension dans les sondages montre que le bolsonarisme, malgré la condamnation de Jair Bolsonaro, conserve une base électorale solide et mobilisée.

Contexte économique difficile

Le Brésil traverse une période de stagnation économique depuis 2014, avec une croissance annuelle moyenne du PIB de seulement 0,3 % entre 2015 et 2022. Les réformes libérales de Jair Bolsonaro (austérité budgétaire, affaiblissement du droit du travail, réforme des retraites) ont aggravé la situation. Depuis son retour au pouvoir en 2023, Lula a tenté de relancer l'économie en augmentant les transferts sociaux et le salaire minimum, mais sans remettre en cause l'orthodoxie néolibérale. Malgré une croissance du PIB passée de 0,3 % à 2,3 % entre 2023 et 2025, les inégalités persistent et la popularité de Lula reste fragile, notamment en raison de l'endettement élevé des ménages, qui atteint plus de 30 % du revenu disponible.

Enjeux géopolitiques

Le Brésil occupe une place centrale dans les stratégies géopolitiques des États-Unis et de la Chine. Washington voit le pays comme une solution pour réduire sa dépendance aux minerais critiques chinois, notamment les terres rares. Cette rivalité s'inscrit dans un contexte continental marqué par un tournant pro-américain, avec des dirigeants « amis de l'Amérique » dans plusieurs pays d'Amérique latine. Le résultat de l'élection brésilienne pourrait donc influencer l'équilibre des forces en Amérique du Sud et les relations entre les grandes puissances, notamment sur les questions d'approvisionnement en ressources stratégiques.

Ce que ça pourrait changer

Lula, qui fêtera ses 81 ans en octobre 2026, a dirigé le Parti des travailleurs (PT) à la victoire lors de cinq des six dernières élections présidentielles. Son succès repose sur le soutien des électeurs les plus modestes, concentrés dans le Nordeste, où les taux de pauvreté dépassent largement la moyenne nationale. Entre 2003 et 2010, ses politiques (transferts monétaires conditionnels, électrification rurale, revalorisation des retraites) ont permis d'améliorer le niveau de vie de près de 40 % de la population en âge de travailler, dynamisant l'économie locale. Cependant, ces avancées n'ont pas suffi à convaincre les classes moyennes urbaines, souvent déçues par la précarité persistante et la rareté des emplois bien rémunérés.

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