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Géopolitique

En Turquie, le pouvoir fait main basse sur la principale chaîne d’opposition du pays

Courrier International · mis à jour il y a 13 h

La police a pris le contrôle du siège de Halk TV, la première chaîne d’information de Turquie, proche du camp kémaliste, et un administrateur a été placé à sa tête. Les attaques contre l’opposition et ses médias se multiplient depuis que le président, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé en septembre qu’il serait candidat à sa réélection en 2028..

Saisie de Halk TV

La chaîne d'information Halk TV, principale chaîne d'opposition en Turquie et première chaîne d'information du pays, a été saisie par la police le 14 octobre 2026. Ses locaux ont été investis par des forces antiémeute et des policiers de la brigade financière. La chaîne a cessé d'émettre à 6h31 ce matin-là. Halk TV, créée en 2005, est proche de l'opposition kémaliste, un mouvement nationaliste et antireligieux. Cette opération s'inscrit dans une enquête pour trucage d'appels d'offres, blanchiment et corruption visant son propriétaire, l'homme d'affaires Cafer Mahiroglu, propriétaire d'entreprises du secteur textile. Onze journalistes ou membres du conseil d'administration ont été arrêtés lors de cette perquisition.

Nouveau dirigeant nommé

Suite à la saisie de Halk TV, un administrateur a été placé à la tête de la chaîne. Il s'agit d'Ibrahim Pasali, un ancien journaliste du quotidien islamo-nationaliste Yeni Safak. Ce dernier a déjà été nommé administrateur de plusieurs médias saisis par la justice, dont la chaîne d'opposition Tele1. Saisie en octobre 2025, Tele1 ne diffuse plus que des émissions de divertissement et ses audiences se sont effondrées. Cette pratique de nommer des administrateurs proches du pouvoir pour contrôler les médias d'opposition est devenue courante en Turquie.

Contexte politique tendu

Cette saisie intervient alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé en septembre 2026 sa candidature à la réélection en 2028. Depuis cette annonce, les attaques contre l'opposition et ses médias se multiplient. La Turquie est déjà classée 163e sur 180 pays dans le classement 2026 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. Par ailleurs, l'accès au média en ligne T24 a été bloqué le 30 septembre 2026 pour propagande LGBT, selon les autorités. Le pouvoir turc est régulièrement critiqué pour son contrôle croissant sur les médias et la justice.

Réactions de l'opposition

La saisie de Halk TV a provoqué des réactions contrastées. Quelques personnes se sont rassemblées devant les locaux pour protester, mais un manifestant a déclaré : Je ne suis pas venu protester contre le pouvoir, je suis venu protester contre l'opposition. Ils ne font que parler, parler, parler. Cette phrase illustre la frustration d'une partie de la population envers le principal parti d'opposition, le Yeni Parti, accusé d'être trop passif. Des députés de ce parti se sont bandé les yeux et bâillonné la bouche à l'Assemblée nationale en signe de protestation. Un journaliste indépendant a critiqué sur le réseau social X la mollesse de la réaction de l'opposition face à l'aggravation de la répression.

Ce que ça pourrait changer

Cafer Mahiroglu, propriétaire de Halk TV et vivant à Londres depuis quarante ans, a dénoncé l'instrumentalisation de la justice en Turquie. Il a déclaré : *La Turquie ne mérite pas ça. L'instrumentalisation de la justice cause des dégâts immenses à ce pays. Sept membres de ma famille ont été arrêtés, dont mon frère de 70 ans qu'ils sont allés chercher au village.* Mahiroglu accuse également le leader du *CHP* (Parti républicain du peuple), Kemal Kılıçdaroğlu, d'avoir appelé publiquement à des *mesures* contre la chaîne trois jours avant l'opération. Le *CHP*, principal parti d'opposition, est désormais dirigé par Kılıçdaroğlu depuis un printemps 2026, après une nomination par la justice.

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