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Environnement

Crues meurtrières au Népal : comment le dérèglement climatique fragilise le toit du monde

Reporterre · mis à jour il y a 3 j

Une immense coulée d'eau, de boue et de pierres dans le nord du Népal, à la frontière avec le Tibet, a fait au moins 389 morts. La faute, notamment, à l'« effondrement d'une partie des glaciers himalayens », décrit un expert.

Népal sous les eaux

En 2024, le Népal a connu des crues dévastatrices dans la région du Himalaya, faisant des dizaines de victimes et des centaines de disparus. Ces inondations, parmi les pires depuis des décennies, ont submergé des villages entiers, détruit des infrastructures et perturbé la vie de milliers de personnes. Les autorités locales ont évoqué des pertes humaines dépassant la centaine, tandis que des milliers de familles se retrouvent sans abri. Les régions les plus touchées, comme le district de Sindhupalchok, ont subi des glissements de terrain massifs, aggravant encore la situation. Ces événements rappellent la vulnérabilité accrue du pays face aux catastrophes naturelles, un phénomène qui s’intensifie avec le temps.

Rôle du climat

Les scientifiques attribuent ces crues extrêmes au dérèglement climatique, un phénomène caractérisé par des modifications durables des conditions météorologiques à l’échelle mondiale. Au Népal, cette perturbation se manifeste par une augmentation des précipitations et une fonte accélérée des glaciers himalayens. En 2023, la température moyenne au Népal a augmenté de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, un rythme deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Cette hausse favorise la formation de nuages plus chargés en eau, provoquant des pluies torrentielles. Les glaciers, qui couvrent environ 10 % du territoire népalais, perdent chaque année 30 à 40 mètres de leur épaisseur, libérant d’énormes quantités d’eau dans les rivières et les vallées en contrebas.

Fragilité des montagnes

Le Népal, surnommé le toit du monde en raison de son altitude élevée et de ses sommets majestueux comme l’Everest (8 848 mètres), est particulièrement exposé aux effets du dérèglement climatique. Les chaînes de montagnes, comme l’Himalaya, jouent un rôle clé dans la régulation du climat régional, mais leur équilibre est menacé. La fonte des glaciers, combinée à l’érosion des sols, rend les pentes instables et augmente le risque de glissements de terrain. En 2024, plus de 500 glissements de terrain ont été recensés dans le pays, dont certains ont bloqué des cours d’eau, créant des barrages naturels temporaires. Ces accumulations d’eau, appelées lacs glaciaires, peuvent céder brutalement et provoquer des inondations en aval, un phénomène connu sous le nom de GLOF (Glacial Lake Outburst Flood).

Responsabilités humaines

Les activités humaines, comme la déforestation et l’urbanisation non maîtrisée, aggravent la vulnérabilité du Népal face aux crues. La destruction des forêts, qui couvraient autrefois 40 % du territoire, réduit la capacité du sol à absorber l’eau de pluie, augmentant ainsi le ruissellement et les inondations. Par ailleurs, la construction d’infrastructures, comme des routes ou des bâtiments, dans des zones à risque, expose davantage les populations. Le gouvernement népalais a tenté de limiter ces impacts en mettant en place des politiques de reforestation et de gestion des risques, mais leur application reste inégale. En 2023, seulement 30 % des fonds alloués à la prévention des catastrophes naturelles ont été effectivement utilisés.

Réponse des autorités

Face à l’urgence, les autorités népalaises ont déployé des moyens de secours pour porter assistance aux populations touchées. Des équipes de sauvetage, composées de militaires et de volontaires, ont été mobilisées pour évacuer les personnes bloquées et distribuer des vivres et des médicaments. Le gouvernement a également demandé une aide internationale, estimant les besoins à plus de 50 millions de dollars pour reconstruire les infrastructures détruites et soutenir les familles sinistrées. Cependant, les critiques pointent du doigt le manque de préparation à long terme et la lenteur des réponses administratives. Des experts soulignent que les systèmes d’alerte précoce, bien que existants, ne couvrent pas toutes les zones à risque et manquent souvent de moyens techniques pour fonctionner efficacement.

Ce que ça pourrait changer

Les projections des scientifiques laissent peu d’espoir d’amélioration à court terme. Selon le *Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat* (GIEC), les températures au Népal pourraient augmenter de 2 à 4 °C d’ici 2050, aggravant encore les risques de crues et de glissements de terrain. Les communautés locales, en particulier celles vivant en altitude, sont les plus exposées. Certaines zones, comme la vallée de *Kathmandou*, pourraient devenir inhabitables en raison de l’intensification des phénomènes extrêmes. Les experts appellent à une action internationale concertée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et soutenir les pays les plus vulnérables, comme le Népal, dans leur adaptation aux changements climatiques.

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