Pourquoi Lula ne fait plus rêver son électorat
La peur du recul social et un matérialisme qui tourne le dos aux anciens rêves d’égalité expliquent le déphasage entre le Parti des travailleurs et son électorat historique, écrivait cette analyste du journal conservateur “Folha de São Paulo” avant le premier tour des élections. Pour le second tour, le 25 octobre, Lula affrontera Flávio Bolsonaro en position de faiblesse..
Luiz Inácio Lula da Silva, surnommé Lula, est le président sortant du Brésil, candidat à un quatrième mandat lors de l’élection présidentielle de 2026. En octobre 2026, à quelques jours du second tour prévu le 25 octobre, son électorat historique ne semble plus partager l’enthousiasme des années précédentes. L’article souligne que son discours ne convainc plus les Brésiliens, qui ne voient plus en lui le porteur de rêves d’égalité sociale comme par le passé. Lula, figure du Parti des travailleurs (PT), a gouverné le Brésil à trois reprises (2003-2010 et 2023-2026) et a bâti une partie de sa popularité sur l’inclusion par la consommation, c’est-à-dire l’accès à des biens matériels pour une classe moyenne émergente. Cependant, en 2026, son message ne résonne plus avec les attentes actuelles des électeurs.
L’article met en lumière une évolution majeure des aspirations des Brésiliens entre 2006 et 2026. Dans le passé, l’électorat de Lula se battait pour accéder à une meilleure situation sociale, symbolisée par des réalisations concrètes comme l’achat d’un logement ou des travaux d’amélioration. Aujourd’hui, les priorités ont changé : les Brésiliens ne cherchent plus à monter dans l’échelle sociale (c’est-à-dire à améliorer leur situation par rapport aux autres), mais simplement à boucler leurs fins de mois (subvenir à leurs besoins essentiels). Cette transformation s’explique par un matérialisme accru, où la distinction sociale prime sur l’égalité. Par exemple, un électeur cité dans l’article déclare en 2026 : « En 2006, j’ai terminé de rembourser mon appartement et j’ai fait des travaux. Cette année, je ne vais même pas pouvoir changer d’iPhone. » Ici, l’iPhone devient un symbole de distinction sociale, remplaçant les marqueurs d’égalité d’autrefois.
Le Parti des travailleurs (PT) a construit son récit politique sur l’idée d’une inclusion par la consommation, c’est-à-dire l’accès à des biens de consommation pour réduire les inégalités. Ce modèle a fonctionné pendant des décennies, permettant à des millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté. Cependant, en 2026, ce récit ne correspond plus aux désirs contemporains. Les électeurs recherchent désormais ce qui les distingue (des objets de luxe, des marques prestigieuses) plutôt que ce qui les met sur un pied d’égalité (l’accès à des biens de base). La sociologue Esther Solano, spécialiste du comportement électoral, résume ce dilemme en déclarant : « Lula a besoin d’un geste fort, d’une promesse d’avenir. Sinon, comment affirmer qu’il fera lors d’un quatrième mandat ce qu’il n’a pas fait en trois ? » Cette citation illustre la perte de crédibilité du président sortant, dont les trois mandats passés n’ont pas suffi à répondre aux nouvelles attentes.
En octobre 2026, Lula affronte au second tour Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro et candidat du Parti libéral (PL), classé à l’extrême droite. La campagne de Lula manque d’enthousiasme, et les sondages le placent en position de faiblesse face à son adversaire. L’article souligne que le Planalto (le palais présidentiel brésilien) n’a pas encore trouvé de réponse efficace à cette crise de confiance. Flávio Bolsonaro, quant à lui, capitalise sur ce mécontentement en promettant des changements radicaux, notamment en s’appuyant sur un électorat en quête de distinction et de rupture avec le passé. Le second tour est prévu pour le 25 octobre 2026, et le résultat reste incertain.
L’article est une analyse publiée par le journal brésilien *Folha de São Paulo*, l’un des trois plus grands quotidiens du pays, fondé en 1921. Historiquement orienté vers le centre droit et le conservatisme, *Folha* s’oppose à la fois à la gauche de Lula et à l’extrême droite de Jair Bolsonaro. Le journal a évolué au fil des décennies, passant d’un soutien au coup d’État de 1964 (qui a instauré une dictature militaire jusqu’en 1985) à une ligne éditoriale plus critique et pluraliste. Dans cet article, *Folha* reflète une vision conservatrice du désenchantement de l’électorat de Lula, en mettant l’accent sur la perte de pertinence de son discours face aux nouvelles aspirations matérialistes des Brésiliens.

