À Aceh, en Indonésie
Un couple non marié a été condamné à la flagellation par un tribunal islamique pour s’être embrassé dans une vidéo en ligne. Une première dans la seule province du pays à appliquer la charia..
Fin février 2023, une vidéo montrant un couple non marié s’embrassant dans une voiture à Banda-Aceh, capitale de la province indonésienne d’Aceh, est publiée sur TikTok. La séquence, jugée immorale par des riverains, devient rapidement virale et suscite de nombreux signalements. Le 21 mars 2023, la police religieuse arrête le couple, qui est ensuite détenu pendant quatre mois. Cette affaire illustre l’application stricte de la charia, la loi islamique, dans cette région. Les gestes d’intimité entre personnes non mariées y sont considérés comme des infractions à la morale et peuvent être sévèrement punis. Aceh est la seule province indonésienne où la charia est appliquée, une particularité issue d’un accord de paix de 2006 mettant fin à une guerre séparatiste.
Le 2 juillet 2023, le couple est condamné à 21 coups de fouet en place publique, une peine rare et symbolique. En Indonésie, pays majoritairement musulman, Aceh applique une version ultraconservatrice de la charia, incluant des châtiments corporels comme la flagellation. Les infractions concernent aussi l’adultère, les relations homosexuelles, la consommation d’alcool, le port de vêtements moulants pour les femmes ou l’absence à la prière du vendredi pour les hommes. Depuis 2014, ces règles s’appliquent même aux non-musulmans, qui représentent environ 1 % de la population locale. Cette affaire est la première où une sanction de la charia est prononcée pour une infraction commise sur les réseaux sociaux, marquant un durcissement de la surveillance en ligne par la police religieuse.
Amnesty International dénonce cette condamnation comme un acte de discrimination effroyable, critiquant la criminalisation de l’intimité consentie. L’organisation appelle le gouvernement indonésien à abroger ces châtiments corporels, contraires à la Convention des Nations unies contre la torture, que l’Indonésie a signée. Malgré ces critiques, la flagellation reste soutenue par une partie de la population locale. Une jeune Acehnaise, Nadhirah, déclare au média Suara que cette peine est pleinement justifiée et sert d’avertissement pour inciter à plus de prudence sur les réseaux sociaux. Cette affaire soulève des questions sur la liberté d’expression et le respect des droits humains dans une région où la charia prime sur les lois civiles.
Aceh est une province du nord de l’île de Sumatra, en Indonésie, où l’application de la charia résulte d’un accord de paix signé en 2006, mettant fin à un conflit séparatiste de 30 ans. Cette région est la seule du pays à appliquer intégralement la loi islamique, y compris pour les minorités non musulmanes. Les infractions à la morale y sont traquées activement, et les réseaux sociaux sont désormais un nouveau terrain de surveillance. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large où les droits LGBTQI sont également menacés, qualifiés de *menace non militaire* pour la nation par les autorités. La tension entre modernité et tradition religieuse y est particulièrement visible.

