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« Bismillah, c’est les ténèbres » : quand une possible infiltration policière devient un mème à succès

The Conversation France · mis à jour il y a 17 j

L’ESSENTIEL La mobilisation lycéenne de grande ampleur en cours depuis septembre a fait sienne un slogan mystérieux, mêlant langue arabe et française, « Bismillah, c’est les ténèbres ». Derrière cette phrase se cachent des messages Snapchat qui, selon les lycéens, émanent de policiers qui tentaient de se faire passer pour des jeunes afin d’obtenir des informations.

Mobilisation lycéenne 2026

Depuis septembre 2026, une mobilisation lycéenne d'ampleur s'étend en France, touchant progressivement les universités. Ce mouvement s'accompagne de controverses concernant les interventions policières, notamment des soupçons d'infiltration via des réseaux sociaux comme Snapchat. C'est dans ce contexte qu'émerge le slogan « Bismillah, c’est les ténèbres », devenu emblématique du mouvement. Les lycéens affirment que ce message proviendrait de comptes policiers tentant de se faire passer pour des jeunes afin d'obtenir des informations sur les mobilisations. La phrase, à la fois absurde et virale, illustre les tensions entre la jeunesse et les institutions policières.

Origine et signification

La formule « Bismillah, c’est les ténèbres » combine une expression arabe courante, « Bismillah » (qui signifie « au nom de Dieu »), avec une tournure française familière. L'association de ces deux éléments produit un sens peu clair, ce qui a contribué à sa viralité. Selon les récits en ligne, ce message aurait été envoyé par des policiers infiltrés via Snapchat, cherchant à s'adresser aux lycéens mobilisés. La phrase est perçue comme une tentative maladroite de « parler jeune » ou de s'approprier des codes linguistiques associés aux quartiers populaires. Elle soulève des questions sur l'efficacité des stratégies de communication des institutions lorsqu'elles tentent de s'adresser à des publics spécifiques.

Échec de l'infiltration

L'utilisation de « Bismillah, c’est les ténèbres » comme schibboleth (une phrase ou un mot qui permet de distinguer les membres d'un groupe des autres) a échoué de manière spectaculaire. Un schibboleth est un terme biblique désignant une phrase ou un mot qui ne peut être correctement utilisé que par les membres d'un groupe donné. Dans ce cas, la tentative des policiers de se fondre dans le mouvement lycéen a été démasquée par l'absurdité même de la phrase. Cela montre que l'appartenance à un groupe ne se réduit pas à l'utilisation de quelques expressions ou mots, mais repose sur une maîtrise plus profonde des codes culturels et linguistiques.

Langage et stéréotypes

La phrase « Bismillah, c’est les ténèbres » met en lumière les stéréotypes linguistiques et sociaux associés aux jeunes des quartiers populaires. Elle combine des éléments comme « Bismillah », « wallah » (une expression arabe signifiant « je le jure »), et « aïchek » (une expression familière), ainsi qu'un prénom à consonance africaine (« Mamadou ») et un drapeau algérien en émoticône. Ces choix créent une caricature d'un jeune issu de l'immigration, musulman et potentiellement violent. Cela reflète une perception biaisée et fantasmatique de la jeunesse, où le langage est souvent jugé en fonction de ceux qui l'emploient plutôt que de son contenu intrinsèque.

Diversité des pratiques linguistiques

Le français est une langue diverse, marquée par de nombreux emprunts, notamment à l'arabe et à l'anglais, et par des variations régionales et sociales. Les pratiques langagières des jeunes, comme celles des autres groupes, sont variées et évoluent constamment. Les sociolinguistes soulignent que chaque locuteur adapte son langage en fonction du contexte, une compétence souvent inconsciente. Les critiques sur le langage des jeunes, comme « ils ne savent plus parler », sont récurrentes et reflètent des inquiétudes générationnelles plutôt qu'une réalité linguistique. La maîtrise d'une langue ne se limite pas à l'absence de fautes, mais inclut la capacité à adapter son discours à la situation.

Humour et détournement

Les lycéens ont détourné « Bismillah, c’est les ténèbres » en un mème, c'est-à-dire une expression ou une image reprise et transformée par les internautes pour en rire ou en faire un symbole de résistance. Ce détournement permet de répondre à la tentative d'infiltration policière avec humour, tout en soulignant l'absurdité de la situation. L'humour joue un rôle important dans les mobilisations, notamment lors des batailles d'aura (des duels symboliques entre manifestants pour affirmer leur légitimité). Ce mème illustre comment les jeunes utilisent la culture internet pour contester les institutions et créer des contre-discours.

Ce que ça pourrait changer

La phrase *« Bismillah, c’est les ténèbres »* rappelle que le langage est un outil politique et social, dont le sens dépend du contexte, de l'énonciateur et du destinataire. Elle montre comment une expression peut être à la fois un échec de communication et un symbole de résistance. Ce cas illustre également les enjeux de la représentation : les institutions, en tentant de s'adresser à la jeunesse, reproduisent parfois des stéréotypes plutôt que de créer un dialogue authentique. Enfin, cette affaire soulève des questions sur la surveillance et l'infiltration policière dans les mouvements sociaux, un sujet qui dépasse le cadre de cette phrase pour toucher à des débats plus larges sur les libertés et la démocratie.

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