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Pékin traque les milliards des grandes fortunes chinoises à l'étranger

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 14 j

La Chine durcit la réglementation sur les trusts offshore, utilisés par les grandes fortunes pour réduire leurs impôts. Le pays compte plus de 1000 milliardaires et 5 millions de millionnaires.

Nouvelle taxe sur les trusts

Depuis le 24 juillet 2026, la Chine impose une taxe de 20 % sur les actifs transférés dans des trusts (fiducies) établis à l’étranger. Ces structures juridiques permettent à des particuliers de confier la gestion de leur patrimoine à un tiers tout en en conservant l’usage ou en le transmettant à leurs proches. Avant cette réforme, ces placements échappaient souvent à l’impôt chinois. Désormais, la Chine considère ces transferts comme des ventes, taxables sur la plus-value réalisée. Les revenus générés par ces trusts sont aussi imposés à 20 % chaque année. Une taxe supplémentaire s’applique en cas d’héritage, de changement de résidence fiscale ou de nationalité. Ces mesures visent à récupérer une partie des fortunes chinoises placées hors du pays, estimées à 1 500 milliards d’euros selon le Boston Consulting Group.

Objectifs économiques et politiques

Cette réforme fiscale s’inscrit dans un double objectif pour la Chine. D’abord, combler un déficit budgétaire prévu à 4 % du PIB en 2026, en taxant davantage les grandes fortunes qui ont bénéficié de la croissance économique du pays. Ensuite, réduire les inégalités sociales en incitant les ultrariches à contribuer davantage aux finances publiques. Le président chinois, Xi Jinping, souhaite ainsi montrer que le système économique chinois évolue vers plus de justice sociale. Cependant, Pékin n’a pas communiqué de chiffre précis sur les recettes attendues de cette mesure, laissant planer une incertitude sur son efficacité réelle.

Délai et rétroactivité

Les détenteurs de trusts offshore disposaient d’un délai de 90 jours, jusqu’au 22 octobre 2026, pour déclarer leurs revenus et régulariser leur situation. Cette période a provoqué un vent de panique parmi les ultrariches chinois, d’autant que la nouvelle réglementation s’applique de manière rétroactive. L’administration fiscale chinoise n’a pas précisé jusqu’à quelle date elle pourrait remonter pour réclamer des impôts, ce qui crée une insécurité juridique. Certains promoteurs immobiliers, dont la situation financière s’est dégradée avec la crise du secteur, se retrouvent dans l’incapacité de payer les sommes réclamées, malgré la vente de leurs actifs.

Réactions des grandes fortunes

Face à cette pression fiscale, les riches Chinois ont réagi de différentes manières. Certains, comme Shu Ping, cofondatrice de la chaîne de restaurants Haidilao, ont vendu massivement des actions pour obtenir des liquidités. En septembre 2026, elle a cédé pour plus de 350 millions de dollars d’actions, provoquant une chute de 12 % du cours de l’action à Hong Kong. D’autres ont préféré emprunter auprès des banques en utilisant leurs actions comme garantie, plutôt que de liquider leurs actifs. Cette stratégie leur permet de continuer à contrôler leur patrimoine tout en payant les nouveaux impôts. Les banques chinoises ont reçu pour instruction d’examiner les investissements de leurs clients fortunés à l’étranger, afin de vérifier la déclaration des revenus correspondants.

Méthodes de traque du fisc

Pour traquer les fortunes placées à l’étranger, l’administration fiscale chinoise a créé des unités spécialisées. Elle collabore également avec les banques locales, qui doivent désormais analyser les investissements de leurs clients fortunés hors de Chine. Selon le Financial Times, des responsables fiscaux contactent directement certains entrepreneurs pour les inciter à payer. Cette traque pousse certaines grandes fortunes à chercher de nouveaux refuges fiscaux, notamment aux États-Unis et à Taïwan, qui ne participent pas au système d’échange automatique d’informations bancaires de l’OCDE. À New York, la banque Morgan Stanley observe déjà une hausse des transferts d’argent en provenance de riches Chinois installés à Hong Kong et à Singapour.

Ce que ça pourrait changer

Cette réforme fiscale illustre la volonté de la Chine de renforcer le contrôle sur ses élites économiques. Cependant, elle risque de provoquer des réactions en chaîne, comme des fuites de capitaux vers des pays plus accommodants fiscalement. Les ultrariches chinois, qui sont plus de 5 millions de millionnaires et plus de 1 000 milliardaires, pourraient aussi chercher à diversifier leurs placements ou à réduire leurs investissements en Chine. Par ailleurs, la rétroactivité de la mesure et l’absence de clarté sur son application future créent un climat d’incertitude, susceptible de freiner l’investissement et la croissance économique à court terme.

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