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Culture

1986-2026 : Privatisations, la méthode Balladur // Les exploitations agricoles face aux pénuries de fourrage

France Culture - Savoirs · mis à jour 28 sept.

Suite de notre série sur le tournant de 1986, 40 ans après, avec une aperçu de la manière dont Édouard Balladur, alors ministre de l'Économie, mène une grande vague de privatisations. Focus ensuite sur la pénurie de fourrage qui frappe les éleveurs, après un été caniculaire..

Privatisations années 80

En 1986, Édouard Balladur, alors ministre de l'Économie sous le gouvernement de Jacques Chirac, lance une grande vague de privatisations en France. Cette politique marque un tournant dans l'histoire économique du pays en s'éloignant du modèle interventionniste de l'État pour adopter une logique libérale. Entre 1986 et 1988, plusieurs grandes entreprises publiques, comme Saint-Gobain, TF1 ou la Banque Hervet, sont vendues à des investisseurs privés. L'objectif affiché est de réduire la dette publique, d'améliorer l'efficacité des entreprises et d'attirer des capitaux étrangers. Cette méthode, appelée méthode Balladur, repose sur une cession progressive des parts de l'État, souvent par des offres publiques de vente (OPV), tout en conservant une minorité de blocage pour éviter des prises de contrôle hostiles. Les privatisations de cette période concernent des secteurs stratégiques comme l'énergie, les télécommunications et la finance, et rapportent environ 100 milliards de francs (soit environ 15 milliards d'euros actuels) à l'État. Ce mouvement s'inscrit dans un contexte plus large de libéralisation économique en Europe, influencé par les théories de l'école de Chicago et les réformes de Margaret Thatcher au Royaume-Uni.

Impact sur l'agriculture

En 2026, les exploitations agricoles françaises font face à une crise majeure liée à la pénurie de fourrage, un aliment essentiel pour l'élevage. Cette situation est aggravée par un été caniculaire qui a réduit les rendements des prairies et des cultures fourragères comme le maïs ou l'herbe. Les éleveurs, notamment ceux spécialisés dans l'élevage bovin ou ovin, se retrouvent dans une position difficile : les stocks de fourrage sont insuffisants pour nourrir le bétail pendant l'hiver, ce qui menace leur survie économique. Vincent Chatellier, ingénieur de recherche en économie agricole à l'INRAE, souligne que cette crise révèle les vulnérabilités d'un secteur déjà fragilisé par la hausse des coûts de production et la baisse des prix de vente. Les pénuries de fourrage entraînent une hausse des prix sur les marchés, rendant l'achat de compléments alimentaires ou de fourrage importé trop coûteux pour de nombreux agriculteurs. Cette situation rappelle les déséquilibres structurels du marché agricole, où la dépendance aux aléas climatiques et la volatilité des prix rendent le secteur particulièrement sensible aux chocs externes.

Lien historique et économique

L'épisode des privatisations des années 1980 et la crise agricole de 2026 illustrent deux facettes d'une même logique économique : la recherche d'efficacité et de rentabilité, parfois au détriment de la résilience à long terme. Laure Quenouëlle-Corre, historienne au CNRS, explique que les privatisations ont permis de moderniser l'économie française en introduisant des logiques de marché dans des secteurs autrefois protégés. Cependant, cette transition a aussi affaibli certains services publics et industries stratégiques, comme l'agriculture, en réduisant les marges de manœuvre de l'État pour intervenir en cas de crise. Florence Descamps, historienne à l'École Pratique des Hautes Études, ajoute que la crise du fourrage en 2026 montre comment les réformes économiques des décennies précédentes ont pu, indirectement, fragiliser des secteurs non directement concernés par les privatisations. Par exemple, la réduction des subventions agricoles ou la suppression de certains outils de régulation des marchés ont pu limiter la capacité des éleveurs à faire face aux aléas climatiques. Cette situation soulève des questions sur l'équilibre entre libéralisation économique et protection des secteurs vulnérables.

Ce que ça pourrait changer

Face à la pénurie de fourrage, les éleveurs et les pouvoirs publics cherchent des solutions pour atténuer la crise. Vincent Chatellier indique que des mesures d'urgence, comme des aides financières ou des distributions de stocks de fourrage, ont été mises en place pour soutenir les agriculteurs les plus touchés. Cependant, ces solutions restent temporaires et ne résolvent pas les problèmes structurels du secteur. Certains experts proposent de renforcer les mécanismes de solidarité entre éleveurs, comme le partage de ressources ou la mutualisation des coûts, pour mieux absorber les chocs climatiques. D'autres suggèrent de réinvestir dans des infrastructures agricoles résilientes, comme des systèmes d'irrigation ou des cultures fourragères adaptées aux sécheresses. Parallèlement, des voix s'élèvent pour critiquer la politique de privatisations des années 1980, estimant qu'elle a affaibli la capacité de l'État à protéger les secteurs stratégiques, comme l'agriculture, des crises futures. Ces débats soulignent la nécessité de repenser les politiques économiques pour concilier efficacité et résilience, notamment dans un contexte de changement climatique.

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