À Singapour, l’agence Bloomberg condamnée pour avoir enquêté sur deux ministres
La Haute Cour de Singapour a reconnu l’agence de presse américaine “Bloomberg” coupable de diffamation et l’a condamnée à verser l’équivalent de 312 000 euros de dommages et intérêts à deux ministres singapouriens, dont les noms étaient mentionnés dans une enquête sur l’immobilier. L’affaire est emblématique de la censure insidieuse qui frappe la presse dans la cité-État..
Le 14 juillet 2026, la Haute Cour de Singapour a condamné l’agence de presse américaine Bloomberg News à retirer un article publié le 12 décembre 2024 et à verser 460 000 dollars singapouriens (312 000 euros) de dommages et intérêts à deux ministres du gouvernement singapourien. Cette décision fait suite à une plainte pour diffamation déposée en janvier 2025 par le ministre de l’Intérieur, Kasiviswanathan Shanmugam, et le ministre de la Main-d’œuvre, Tan See Leng. L’article en question, intitulé Les transactions immobilières à Singapour sont de plus en plus entourées de secret, avait été rédigé par le journaliste Low De Wei et examinait les méthodes utilisées par des acheteurs fortunés pour dissimuler leurs propriétés de luxe. L’agence a dû se conformer à cette décision en rendant l’article inaccessible sur son site et en publiant un communiqué indiquant le retrait de la publication.
L’article retiré par Bloomberg News portait sur les Good Class Bungalows (GCB), une catégorie de maisons de luxe à Singapour strictement réglementée. Ces propriétés, souvent situées dans des zones résidentielles exclusives, sont soumises à des règles strictes pour préserver leur caractère exclusif et éviter la spéculation immobilière. L’enquête révélait que certains acheteurs fortunés utilisaient des sociétés écrans et des transactions non enregistrées publiquement pour contourner ces réglementations et dissimuler la propriété réelle de ces biens. Une société écran est une entité juridique créée dans un paradis fiscal ou un pays à faible transparence, permettant de masquer l’identité des propriétaires réels d’un bien ou d’une entreprise. Les transactions non enregistrées publiquement désignent des achats ou ventes de biens immobiliers qui ne sont pas déclarés dans les registres officiels, ce qui rend difficile le suivi de la propriété des actifs.
Singapour est connue pour ses lois strictes en matière de diffamation, qui protègent davantage les personnalités publiques que dans de nombreux autres pays. Les condamnations pour diffamation y sont fréquentes et peuvent entraîner des amendes élevées, comme dans le cas présent où Bloomberg News a dû payer 460 000 dollars singapouriens (312 000 euros) de dommages et intérêts. Cette décision judiciaire illustre la sensibilité des autorités singapouriennes concernant la réputation des membres du gouvernement et la transparence des transactions immobilières. Les plaignants, Kasiviswanathan Shanmugam et Tan See Leng, ont estimé que l’article portait atteinte à leur honneur en suggérant qu’ils pourraient être impliqués dans des pratiques de dissimulation de propriété, bien que l’article ne les mentionne pas explicitement.
La condamnation de *Bloomberg News* a suscité des réactions dans la presse internationale, notamment en Thaïlande où le quotidien *Khaosod* a relayé l’affaire. L’article retiré n’est plus accessible sur le site de l’agence, remplacée par un communiqué indiquant le retrait de la publication pour se conformer à la décision de justice. Cette affaire soulève des questions sur la liberté de la presse à Singapour, où les médias étrangers peuvent être contraints de retirer des contenus critiques sous peine de sanctions financières lourdes. Les journalistes et les rédactions doivent désormais peser le risque de poursuites pour diffamation avant de publier des enquêtes sensibles, surtout lorsqu’elles concernent des personnalités politiques ou des transactions immobilières opaques.

