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Généraliste

Une opposition aux centres de données voit le jour partout au Canada

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 19 j

Des projets de construction de centres de données sont en cours en vue de l'essor des technologies d’IA..

Centres de données et IA

Les centres de données sont des infrastructures physiques, souvent comparées à des usines, qui stockent et traitent les données nécessaires au fonctionnement des technologies numériques, dont l’intelligence artificielle (IA). Ces centres sont composés de serveurs informatiques, de systèmes de refroidissement et de réseaux électriques. Leur taille et leur consommation de ressources (électricité, eau) ont fortement augmenté avec l’essor de l’IA, car celle-ci nécessite des calculs complexes et une puissance de traitement colossale. Au Canada, leur développement est aujourd’hui directement associé aux craintes liées à l’IA, perçue comme une technologie disruptive pouvant impacter la vie quotidienne. David Coletto, PDG d’Abacus Data, souligne que ces centres symbolisent les inquiétudes des citoyens face à une technologie dont les effets sur la société restent flous.

Opposition locale croissante

Plusieurs communautés canadiennes s’opposent à l’implantation de nouveaux centres de données dédiés à l’IA, notamment à Vancouver, Olds (Alberta) et Hamilton (Ontario). Les habitants expriment des craintes liées à la consommation excessive de ressources (électricité, eau), à la pollution sonore et atmosphérique, ainsi qu’à l’impact sur les nappes phréatiques. À Olds, un projet de campus de 1,4 gigawatt (GW) alimenté au gaz a provoqué des manifestations en juin 2024. À Hamilton, un projet de centre de données en front de mer a également suscité une vive opposition, avec des centaines de manifestants. Ces projets, souvent situés en zones rurales, sont perçus comme une menace pour l’environnement et la santé publique, ainsi que pour l’autonomie des collectivités locales.

Capacité actuelle et future

Le Canada dispose actuellement d’une capacité de 337 mégawatts (MW) pour ses centres de données dédiés à l’IA. Cependant, des projets en cours pourraient ajouter jusqu’à 20 000 MW supplémentaires, selon des documents gouvernementaux. Une étude de l’Université York, publiée en 2024, estime que le Canada comptait en juin 2026 194 centres de données opérationnels (1,6 GW) et 213 projets en développement (22,2 GW). L’Alberta concentre à elle seule 92 % de cette capacité future, grâce à ses ressources énergétiques abondantes. Par exemple, un centre de données de Meta et le projet Greenlight (centrale au gaz naturel) sont prévus dans le comté de Sturgeon, près d’Edmonton. Ces chiffres illustrent l’ampleur des projets et leur concentration géographique.

Enjeux environnementaux

Les centres de données suscitent des inquiétudes majeures en raison de leur consommation massive d’énergie et d’eau. Les nouveaux centres, dédiés à l’IA, sont bien plus grands que les infrastructures traditionnelles et souvent implantés en zones rurales. Anne Pasek, professeure à l’Université de Trent, souligne que leur expansion rapide attire l’attention des médias et des citoyens, qui les associent à des risques environnementaux. Les opposants craignent aussi une pression accrue sur les ressources locales, notamment les nappes phréatiques et les réseaux électriques. Ces préoccupations s’ajoutent aux craintes liées à l’impact potentiel de l’IA sur l’emploi, la vie privée et la sécurité, renforçant l’opposition aux projets.

Débat politique national

Le débat sur les centres de données s’immisce dans la politique canadienne, à tous les niveaux. Le gouvernement fédéral, via le ministre Evan Solomon, défend leur construction comme essentielle à la souveraineté numérique du Canada, tout en promettant des normes environnementales strictes. Cependant, le Nouveau Parti Démocratique (NPD) propose un moratoire national sur ces projets, tandis que les conservateurs sont divisés sur un projet de Meta en Alberta. Blayne Haggart, de l’Université Brock, note que les élus locaux subissent les pressions les plus fortes, alors que les décisions fédérales restent centralisées. Le premier ministre Mark Carney et Evan Solomon, fervents défenseurs de l’IA, sont perçus comme éloignés des préoccupations locales.

Ce que ça pourrait changer

Les élections municipales à l’automne 2024 dans plusieurs provinces (Ontario, Manitoba, Colombie-Britannique) pourraient faire des centres de données un enjeu politique majeur. Selon un sondage récent, les Canadiens sont divisés sur la question, ce qui rend difficile une prédiction claire. Aux États-Unis, l’État de New York a déjà instauré un moratoire sur les centres de données de grande envergure, tandis qu’à Hamilton, une proposition de moratoire a été rejetée. David Coletto, d’Abacus Data, estime que l’opposition devrait continuer à s’intensifier, compte tenu des dynamiques locales et des craintes persistantes. Le débat reste donc ouvert, avec des positions contrastées entre développement technologique et protection des communautés.

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