“Naza” : le documentaire qui dérange Israël
Basé sur plusieurs enquêtes journalistiques, le documentaire "Naza" donne la parole à 24 militaires israéliens ayant opéré à Gaza. Sorti en salles ce lundi, le film a eu l'effet d'un choc médiatique et relance le débat sur la place des voix critiques en Israël..
Le documentaire Naza, réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, sort en salles le 16 octobre 2026. Ce film s'appuie sur des enquêtes journalistiques approfondies et donne la parole à 24 militaires israéliens ayant servi à Gaza. Ces témoignages directs, rarement entendus dans le débat public israélien, révèlent des pratiques controversées et des dilemmes moraux vécus par ces soldats. Le film a immédiatement suscité un choc médiatique en Israël, où il interroge la légitimité des actions militaires dans les territoires palestiniens et la place des voix critiques au sein de la société israélienne.
Le documentaire Naza est diffusé dans un contexte politique israélien marqué par la guerre à Gaza, qui dure depuis plusieurs années. Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, en fonction depuis des décennies, incarne une ligne politique ferme vis-à-vis des territoires palestiniens. Le film relance le débat sur la gestion du conflit par l'État israélien, notamment sur les méthodes employées par l'armée (IDF) et leur impact sur la population civile palestinienne. Il interroge aussi la liberté d'expression en Israël, où les voix dissidentes sont souvent marginalisées ou critiquées.
Les 24 militaires interviewés dans Naza décrivent leur expérience à Gaza, un territoire palestinien sous blocus israélien depuis 2007. Leurs témoignages, souvent anonymes pour des raisons de sécurité, révèlent des situations de tension extrême, des ordres controversés et des dilemmes éthiques. Certains évoquent des ordres de tir sur des civils, d'autres décrivent des pressions psychologiques ou des dilemmes moraux face à des populations civiles prises au piège des combats. Ces récits apportent un éclairage brut et sans filtre sur le quotidien des soldats israéliens dans un conflit prolongé.
Le documentaire a provoqué une onde de choc dans les médias israéliens et internationaux. Des personnalités comme Gideon Lévy, éditorialiste du quotidien Haaretz, soulignent l'importance de ces témoignages pour comprendre la réalité du conflit. Des experts comme Amélie Férey, politiste à l'IRSEM, et Jérôme Bourdon, sociologue des médias, analysent l'impact du film sur le débat public. Thibault Lefèvre, correspondant à Jérusalem, souligne que Naza pourrait contribuer à une remise en question des narratives officielles israéliennes sur le conflit.
Au-delà du choc médiatique, Naza soulève des questions éthiques majeures. Le film interroge la responsabilité des soldats, des officiers et de l'État israélien dans la gestion d'un conflit asymétrique, où les civils palestiniens sont souvent les premières victimes. Il pose aussi la question de la liberté de la presse en Israël, où les documentaires critiques sont rares et souvent controversés. Enfin, le film relance le débat sur la place des témoignages individuels dans la construction de l'histoire collective d'un conflit.
En Israël, *Naza* divise l'opinion publique. Certains y voient une trahison ou une instrumentalisation de soldats, tandis que d'autres saluent son courage à briser le silence sur des sujets tabous. Le film pourrait influencer les débats politiques et sociaux, notamment auprès des jeunes générations, qui sont de plus en plus critiques envers la gestion du conflit par l'État. En France et en Europe, il est perçu comme un outil de compréhension des réalités complexes du conflit israélo-palestinien, souvent réduit à des clichés dans les médias traditionnels.

