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Généraliste

Le jour où le téléphone cesse de sonner

Le Devoir · mis à jour il y a 13 j

J’ai connu la défaite électorale. Voici ce que j’aurais aimé qu’on me dise le lendemain..

Fin de carrière politique

L'auteur, ancien conseiller politique du gouvernement Harper au Canada, décrit le choc émotionnel et professionnel ressenti après une défaite électorale. Il compare la vie politique à un trajet en voiture où le conducteur n'a plus le contrôle : l'agenda est dicté par les priorités des autres, le téléphone sonne sans cesse pour des demandes urgentes, et l'identité personnelle se confond avec le rôle public. Le jour de la défaite, tout s'arrête brutalement. Les anciens ministres, députés ou conseillers perdent leur statut et leur utilité perçue. L'auteur cite l'exemple d'un ancien premier ministre désorienté, incapable de retrouver sa voiture de location après une conférence, illustrant ce vide soudain. Cette situation s'applique particulièrement aux équipes du gouvernement Legault/Fréchette au Québec après le 6 octobre, qui devront affronter une période de transition difficile et une perte de visibilité médiatique et professionnelle.

Perte de statut et isolement

Après une défaite électorale, les anciens politiciens deviennent des parias dans leur milieu. L'auteur explique que, dans son cas, après la défaite de 2015, il n'était plus sollicité ni par les médias ni par le monde des affaires. Les sollicitations professionnelles cessent : plus de courriels, de revues de presse, de textos pour signaler des actualités, ni d'appels du cabinet du premier ministre pour des explications. Même les relations avec les journalistes, autrefois tendues, deviennent nostalgiques. L'auteur précise que ces interactions, bien que parfois conflictuelles, faisaient partie intégrante de son quotidien. Cette perte de statut s'accompagne d'un isolement social et professionnel, où les portes se ferment et où la compétition pour de nouveaux emplois devient féroce, souvent contre d'anciens collègues aux profils similaires.

Sacrifices personnels et familiaux

L'auteur souligne que la vie politique impose des sacrifices majeurs, non seulement professionnels mais aussi personnels et familiaux. Il évoque les anniversaires, matchs de soccer ou moments importants ratés en raison des obligations politiques. Certains ont repoussé des projets de vie comme une union ou la création d'une famille, tandis que d'autres ont subi des séparations. Même physiquement présents, les politiciens étaient souvent absents mentalement, quittant des repas ou des activités familiales pour gérer des crises. La santé en pâtit aussi : manque de sommeil, alimentation déséquilibrée (trop de café, de sucre et de gras, pas assez de fruits), stress chronique et peu d'activité physique en plein air. Ces contraintes physiques et mentales laissent des traces durables, bien au-delà de la fin du mandat.

Transition vers une nouvelle vie

Après la politique, les anciens élus doivent se réinventer. L'auteur décrit cette période comme un purgatoire où il faut postuler à des emplois, souvent en compétition avec d'anciens collègues ayant les mêmes compétences. Les opportunités ne sont pas toujours à la hauteur des attentes, et le réseau professionnel se réduit. Certains tentent de combler les projets laissés en suspens, comme voyager ou lire, mais le temps perdu ne se rattrape pas. L'auteur raconte avoir commencé la série Game of Thrones en 2016 après cinq saisons, symbolisant ce rattrapage tardif. Pour évacuer la frustration, il a même démoli un mur chez ses parents avec une scie de démolition, illustrant un besoin de se défouler physiquement. Cette transition est d'autant plus difficile que les anciens politiciens doivent parfois accepter des postes moins prestigieux que leur précédent rôle.

Ce que ça pourrait changer

L'auteur insiste sur le fait que la contribution des politiciens ne disparaît pas avec la fin de leur mandat. Il cite l'exemple des anciens collègues du gouvernement Harper, qui se sont retrouvés dix ans après leur défaite pour célébrer leur première victoire électorale en 2006. Cette reconnaissance tardive montre que les sacrifices et le travail accompli finissent par être reconnus, même si cela prend du temps. L'auteur mentionne également Catherine Fournier et Marwah Rizqy, deux politiciennes fédérales battues en 2015, dont la carrière s'est poursuivie malgré cette défaite. Il conclut en citant Jean Charest, soulignant l'importance de reprendre le contrôle de sa vie (*avoir les deux mains sur le volant*) après une période où tout était dicté par les circonstances. Cette reconnaissance différée rappelle que le service public et l'impact d'un politicien dépassent souvent la durée de son mandat.

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