Le Parlement du Liechtenstein approuve une initiative citoyenne visant à légaliser l’avortement
Les élus du Landtag ont voté à une courte majorité, mercredi 2 septembre, en faveur de cette démarche qui a recueilli un nombre important de signatures. Mais le régent de la principauté, le prince héritier Aloïs, est opposé à l’initiative et dispose d’un droit de véto..
Le Parlement du Liechtenstein, appelé Landtag, a approuvé une initiative citoyenne visant à légaliser l’avortement dans ce petit État européen enclavé entre la Suisse et l’Autriche. Le Landtag est l’assemblée législative monocamérale du pays, composée de 25 députés élus pour quatre ans. Ce vote marque une étape importante dans un processus démocratique où les citoyens peuvent proposer des lois via des initiatives populaires, sous réserve d’un soutien suffisant. Le Liechtenstein, avec environ 39 000 habitants, est connu pour son système politique unique mêlant monarchie constitutionnelle et démocratie directe. L’avortement y était jusqu’à présent strictement interdit, sauf en cas de risque vital pour la mère, ce qui en faisait l’un des rares pays européens à maintenir cette interdiction quasi totale.
L’initiative citoyenne, intitulée Pro Leben (Pour la vie), a été lancée par des groupes de défense des droits des femmes et des associations médicales. Elle a recueilli le nombre de signatures requis pour être soumise au Parlement, démontrant un soutien populaire significatif. Dans ce système, les citoyens peuvent proposer une modification législative ou un nouveau texte de loi, à condition de rassembler un certain nombre de signatures (généralement 1 000 à 1 500) dans un délai défini. Une fois validée par le Parlement, l’initiative peut être soumise à un référendum si les députés ne l’adoptent pas en l’état. Ici, le Landtag a choisi de l’approuver directement, sans passer par un vote populaire.
Si le projet est définitivement adopté, le Liechtenstein rejoindra la majorité des pays européens en autorisant l’avortement sous conditions. Les détails précis de la future loi n’ont pas encore été rendus publics, mais elle devrait probablement encadrer l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans des délais précis, comme c’est le cas dans la plupart des pays voisins. Actuellement, l’avortement est totalement interdit au Liechtenstein, sauf pour sauver la vie de la mère, ce qui place ce pays en décalage avec les législations de ses voisins européens, où l’IVG est généralement autorisée jusqu’à 12 ou 14 semaines de grossesse. Cette réforme s’inscrit dans un mouvement plus large de libéralisation de l’accès à l’avortement en Europe, comme en France avec la loi de 2022 ou en Espagne en 2023.
Le vote du Parlement a suscité des réactions contrastées au sein de la société liechtensteinoise. Les partisans de la réforme, majoritairement des associations féministes et des partis progressistes, saluent une avancée majeure pour les droits des femmes et l’autonomie corporelle. À l’inverse, les opposants, souvent liés à des mouvements religieux conservateurs ou à des groupes pro-vie, dénoncent une atteinte à la protection de la vie prénatale. Le prince héritier Alois de Liechtenstein, qui détient un droit de veto sur les lois, n’a pas encore pris position publiquement sur ce texte. Son rôle est symbolique mais constitutionnellement important, car il peut bloquer une loi s’il estime qu’elle menace les intérêts du pays ou les valeurs traditionnelles.
Après l’approbation du Parlement, la loi doit encore être promulguée par le prince souverain, Hans-Adam II, ou son représentant. Si le prince exerce son veto, la loi pourrait être soumise à un référendum national, où elle serait soumise au vote des citoyens. Ce mécanisme de démocratie directe est fréquent au Liechtenstein et permet aux habitants de trancher directement sur des sujets sensibles. Dans tous les cas, la mise en œuvre de la réforme prendra plusieurs mois, le temps d’adapter les textes législatifs et les structures médicales. Ce processus illustre la particularité du système politique liechtensteinois, où démocratie directe et monarchie coexistent.

