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France Culture - Savoirs · mis à jour 2 juil.

Le 22 avril 2026, des associations de défense des droits des livreurs et livreuses de plateformes ont déposé plainte contre Uber et Deliveroo pour traite d'êtres humains. Ben et Tassiana, tous deux livreurs, racontent leur vie avec les algorithmes marquée par des conditions de travail difficiles..

Plainte contre Uber et Deliveroo

Le 22 avril 2026, des associations de défense des droits des livreurs et livreuses de plateformes ont déposé une plainte contre les entreprises Uber et Deliveroo. Elles les accusent de traite d'êtres humains, un terme juridique qui désigne l'exploitation de personnes par la contrainte, la tromperie ou l'abus de vulnérabilité. Cette action fait suite à des témoignages de livreurs décrivant des conditions de travail difficiles, marquées par des algorithmes de gestion automatisée et des pressions constantes. Les associations dénoncent notamment l'absence de protection sociale et les risques encourus par ces travailleurs, souvent sans papiers ou en situation précaire. Le dépôt de plainte intervient dans un contexte où les plateformes numériques dominent le secteur de la livraison à domicile, transformant radicalement les métiers traditionnels.

Parcours de Ben, livreur à vélo

Ben, originaire de Côte d'Ivoire, arrive en Italie en 2017 après avoir quitté son pays en 2016. En 2020, face à la crise économique liée à la pandémie de coronavirus, il décide de s'installer en France. Il commence par travailler dans le bâtiment, mais rencontre des difficultés liées à son statut administratif : il travaille parfois avec les papiers d'une autre personne ou au noir, sans contrat. Sans logement stable et sans revenus réguliers, il se tourne vers la livraison à vélo via des plateformes comme Uber Eats. Il s'installe à Bondy, en région parisienne, mais comprend rapidement que les opportunités sont plus nombreuses dans le quartier de Châtelet, à Paris. Son parcours illustre les difficultés des travailleurs étrangers sans papiers en France.

Rythme de travail intense

Ben décrit un rythme de travail haché et épuisant, typique des livreurs de plateformes. Il alterne entre des périodes de travail intensif et des temps de repos quasi inexistants, car il doit rester connecté en permanence. Par exemple, il peut travailler de 10h à 15h, puis reprendre de 12h à 14h, sans pause réelle. Les journées s'étendent souvent jusqu'à 18h, 23h, voire 3h ou 4h du matin. Il se prive régulièrement de nourriture et de sommeil pour maximiser ses revenus. En deux ans, il réalise plus de 8000 livraisons avec Uber Eats. Ce rythme est imposé par les algorithmes des plateformes, qui évaluent en temps réel la performance des livreurs et ajustent les commandes en conséquence. Les livreurs n'ont pas de contrat stable et dépendent entièrement de ces systèmes automatisés.

Blocage du compte Uber

En décembre 2023, Ben reçoit un mail l'informant que les papiers d'identité qu'il avait fournis lors de son inscription (ceux obtenus en Italie) ne sont plus acceptés par Uber. Son compte est bloqué sans explication claire. Il tente de contacter la plateforme, mais ne reçoit aucune réponse. Cette situation le plonge dans une galère financière : il ne peut plus payer ses factures, son logement ou ses dépenses quotidiennes. Après un an de difficultés, son oncle, installé en France depuis longtemps, lui propose de lui prêter ses papiers pour qu'il puisse reprendre une activité. Cependant, les exigences de vérification de l'application deviennent de plus en plus strictes, passant d'une photo hebdomadaire à plusieurs vérifications quotidiennes, parfois au moment de la validation d'une commande.

Contrôles intrusifs et chantages

Les contrôles imposés par Uber deviennent de plus en plus intrusifs et stressants pour Ben. En plus des vérifications d'identité fréquentes, certains clients profitent de cette situation pour le faire chanter. Par exemple, un client a signalé que la photo fournie ne correspondait pas à Ben, bien qu'il s'agisse bien de lui. D'autres clients refusent de valider une livraison si la photo n'est pas prise immédiatement, sous peine de déconnexion. Ben reçoit des mails l'avertissant qu'il a mis « trop de temps » à envoyer la photo, avec la menace de voir son compte bloqué. Malgré de nombreux signalements, son compte n'a pas encore été coupé, mais cette situation illustre les risques psychologiques et les abus subis par les livreurs, souvent livrés à eux-mêmes face aux plateformes et aux clients.

Ce que ça pourrait changer

Le témoignage de Ben met en lumière la **précarité** des livreurs de plateformes. Sans contrat stable, sans protection sociale et sans revenus garantis, ils dépendent entièrement des algorithmes et des décisions unilatérales des entreprises comme Uber. Les livreurs n'ont pas accès à des droits fondamentaux comme les congés payés, la sécurité sociale ou les indemnités en cas d'accident. En cas de litige ou de blocage de compte, ils se retrouvent sans recours, comme Ben qui a dû emprunter les papiers de son oncle pour continuer à travailler. Cette situation reflète un modèle économique où les plateformes externalisent les risques sur les travailleurs, tout en maximisant leurs profits grâce à une main-d'œuvre flexible et peu protégée.

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