La présidente internationale des Métallos exhorte Ottawa et Washington à s’entendre
Elle a appelé les gouvernements canadien et américain à reprendre les négociations commerciales..
Les États-Unis et le Canada sont engagés depuis 2018 dans une guerre commerciale, c'est-à-dire un conflit où chaque pays impose des droits de douane (taxes sur les importations) pour protéger ses industries. En 2026, les tensions persistent : les États-Unis ont instauré cet été des droits de douane de 50% sur l’acier canadien, et le Canada a riposté en appliquant des droits équivalents. Ces mesures visent à protéger les emplois locaux mais perturbent les échanges transfrontaliers. L’industrie sidérurgique (production d’acier et d’aluminium) est particulièrement touchée, car elle dépend fortement des exportations vers les États-Unis. Par exemple, une usine comme celle d’ArcelorMittal exporte 30% de sa production vers ce pays.
Les droits de douane ont des conséquences directes sur les emplois dans le secteur métallurgique. Des usines centenaires ferment définitivement, et des fermetures temporaires deviennent permanentes. Jason Braconnier, président d’une section locale des Métallos (syndicat des travailleurs de la métallurgie) à l’usine ArcelorMittal, explique que ses collègues et lui vivent dans l’incertitude : Quelle usine va fermer la prochaine ? Pierre Piedalue, président d’une autre section locale et employé chez Infasco (fabricant de vis et boulons au Québec), souligne que 80 à 90% de sa production est exportée vers les États-Unis, notamment pour l’automobile et la construction. Certains travailleurs approchant de la retraite s’inquiètent de ne pas pouvoir la prendre, faute de stabilité.
L’industrie sidérurgique nord-américaine fonctionne comme un écosystème intégré entre le Canada et les États-Unis. Roxanne Brown, présidente internationale du syndicat United Steelworkers (les Métallos), explique que les emplois et la production sont interdépendants. Par exemple, si un sidérurgiste de Pennsylvanie (États-Unis) perd son emploi à cause d’une perturbation du marché, les travailleurs ontariens (Canada) en ressentent les effets. De même, un travailleur québécois de l’aluminium en difficulté impacte les emplois en Ohio (États-Unis). Les secteurs de la défense et des transports, comme la construction de sous-marins en Virginie équipés de technologies provenant de Nouvelle-Écosse, dépendent aussi de cette collaboration.
Face à cette situation, Roxanne Brown a appelé les gouvernements canadien et américain à reprendre les négociations commerciales pour résoudre le conflit. Elle a insisté sur l’importance de privilégier les travailleurs et de rétablir un dialogue constructif. Selon elle, les relations entre les deux pays sont trop importantes pour être marquées par la division. Elle a aussi souligné que les dirigeants devraient se concentrer sur la concurrence internationale, notamment celle de la Chine, qui produit plus d’acier qu’elle n’en a besoin et inonde les marchés à bas prix, nuisant aux industries nord-américaines. Brown a mentionné plusieurs secteurs affectés : acier, aluminium, pâte à papier, verre, conteneurs, etc.
Le gouvernement canadien a déjà mis en place des mesures pour soutenir l’industrie sidérurgique, comme un programme de **100 millions de dollars** pour favoriser le commerce interprovincial de l’acier et une aide de **70 millions** dans le cadre du *programme de réponse tarifaire pour la main-d’œuvre*. Cependant, Alain Duhamel, président d’une section locale et employé chez Nova Tube (fabricant de tubes métalliques), estime que ces aides arrivent trop tard. Il a demandé au gouvernement d’injecter davantage de fonds pour soutenir les marchés et créer des mesures spécifiques pour les ouvriers licenciés. Malgré ces efforts, les travailleurs restent en insécurité face à l’avenir de leur emploi.

