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Le financement de Québec en patrimoine bâti, des « cacahuètes »

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 20 j

La déception est vive dans plusieurs MRC du Québec..

Déception des MRC

Plusieurs municipalités régionales de comté (MRC) du Québec, notamment en Estrie, ont exprimé leur déception face aux subventions reçues dans le cadre du Programme d’ententes en patrimoine du gouvernement provincial. Ce programme vise à financer la restauration de bâtiments patrimoniaux, qu’ils soient publics ou privés. Par exemple, la MRC des Sources a demandé près d’un million de dollars (900 000 $) pour des projets de restauration, mais n’a reçu que 290 000 $. La mairesse de Danville, Martine Satre, a qualifié ces montants de « cacahuètes », soulignant leur insuffisance face aux besoins réels. Dans la MRC du Val-Saint-François, une demande de 86 000 $ n’a permis d’obtenir qu’une fraction de cette somme. Le président de l’entreprise Maçonnerie Desrosiers, Guy Poirier, a confirmé que ces montants ne suffiraient pas à financer des projets significatifs, comme la restauration d’un mur de 30 pieds sur 40 pieds, qui coûte environ 240 000 $.

Critères inadaptés

Le programme exige que les municipalités financent elles-mêmes les projets de restauration à hauteur de la subvention reçue de Québec, sauf pour les MRC ayant un indice de vitalité faible. Ce critère est jugé difficile à respecter par des municipalités déjà en difficulté financière, comme la MRC des Sources, qui a finalement renoncé à la subvention faute de moyens. La vice-présidente de l’organisme Action Patrimoine, Andréanne Jalbert-Laramée, a critiqué l’inadéquation du programme pour les petits milieux ruraux, soulignant que les montants octroyés ne permettent pas de réaliser des projets ambitieux. Elle a également noté que les prix des rénovations augmenteraient dans les prochaines années en raison de hausses salariales de 22 % sur quatre ans dans le secteur de la construction.

Rôle du patrimoine

Le patrimoine bâti désigne les bâtiments, monuments ou infrastructures ayant une valeur historique, architecturale ou culturelle. Au Québec, sa préservation est une responsabilité partagée entre le ministère de la Culture, les municipalités et les propriétaires privés. Guy Poirier, expert en restauration de bâtiments patrimoniaux, a rappelé l’importance de préserver ces structures, soulignant que négliger leur entretien aujourd’hui entraînerait des coûts bien plus élevés demain. Il a cité l’exemple de l’hôtel de ville de Sherbrooke et du clocher de l’Abbaye Saint-Benoît-du-Lac, deux projets qu’il a restaurés. Malgré cela, les subventions actuelles ne permettent pas de financer des projets d’envergure, limitant les actions à des « très très petits projets », selon ses termes.

Sous-financement chronique

Andréanne Jalbert-Laramée, de l’organisme Action Patrimoine, a dénoncé un sous-financement chronique du patrimoine au Québec. Elle a proposé la création d’une véritable politique du patrimoine pour éviter que ce domaine soit en compétition avec d’autres priorités municipales, comme les infrastructures ou les services publics. Elle a suggéré la mise en place d’un comité chargé d’identifier des outils fiscaux adaptés, comme des congés de taxes pour les propriétaires de bâtiments patrimoniaux. Ces mesures pourraient aider à financer la préservation sans alourdir le budget des municipalités. Le ministère de la Culture n’a pas répondu directement aux critiques, se contentant de rappeler que la conservation du patrimoine est une responsabilité partagée.

Ce que ça pourrait changer

Le ministère de la Culture a réagi aux préoccupations des MRC en réaffirmant que la conservation du patrimoine est une *responsabilité partagée* entre l’État, les municipalités et les propriétaires. Il a précisé que les montants alloués dans le cadre du Programme d’ententes en patrimoine couvrent l’ensemble des quatre *volets* du programme, et non uniquement le financement des rénovations de bâtiments privés. Pour la période 2025-2028, le ministère a investi 57,07 millions de dollars dans 94 ententes en patrimoine. Cependant, il n’a pas fourni d’explications sur les montants jugés insuffisants par les MRC, se limitant à énumérer les critères d’évaluation des projets.

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