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Économie

Bolivie : rétrospective du soulèvement

LVSL · mis à jour 30 juin

Au pouvoir depuis novembre 2025, le gouvernement de Rodrigo Paz (centre-droit) a fait face à une vague de sièges et de grèves qui ont paralysé le pays durant près de deux mois. En cause : la politique de suppression des subventions et de libéralisation impulsée par l'exécutif bolivien.

Contexte politique

En novembre 2025, Rodrigo Paz, figure du centre-droit, accède à la présidence de la Bolivie après une campagne électorale marquée par des promesses de capitalisme pour tous. Son gouvernement, composé de personnalités issues de l’establishment international et du secteur privé, rompt avec la tradition politique bolivienne en excluant les mouvements autochtones, paysans et syndicaux. Paz, fils de l’ancien président Jaime Paz Zamora, a étudié aux États-Unis et s’est rapproché de Donald Trump, privilégiant les intérêts des secteurs minier, énergétique, financier et agroalimentaire. Cette orientation contraste avec celle de ses prédécesseurs, comme Evo Morales, premier président autochtone du pays, qui avait nationalisé les ressources naturelles et mis en place des politiques sociales.

Causes du soulèvement

Dès janvier 2026, des manifestations massives éclatent en réaction à une loi d’urgence favorisant les investissements étrangers, incluant la suppression des subventions sur les carburants et des exonérations fiscales. Les revendications des manifestants, organisés par des fédérations paysannes et ouvrières comme la Confédération syndicale des travailleurs boliviens (COB) et la Confédération syndicale des campesinos de Bolivie (CSUTCB), portent sur plusieurs points : la fin des décrets anticonstitutionnels, le refus de la privatisation des entreprises publiques (électricité, eau), l’annulation des hausses de tarifs, le rejet des prêts du FMI, l’accès à un carburant de qualité et le contrôle des prix des denrées alimentaires. Les protestataires dénoncent également la cession de sites miniers et fonciers à des multinationales, ainsi que la criminalisation des mouvements sociaux.

Déroulement des protestations

À partir de mai 2026, des barrages routiers paralysent le pays pendant près de deux mois, encerclant La Paz et cinq des neuf départements boliviens (Santa Cruz, Oruro, Potosí, Chuquisaca, Cochabamba). Ces blocages, menés par des millions de paysans majoritairement indigènes, isolent la capitale, où les transports publics s’arrêtent, les files d’attente pour le carburant et les denrées alimentaires s’allongent, et les prix explosent. Les hôpitaux manquent de médicaments et d’oxygène, tandis que les ambulances ne peuvent franchir les barrages. La ville d’El Alto, peuplée de 900 000 habitants, devient un point de ralliement central. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, notamment à La Paz, font plusieurs morts, dont Víctor Cruz Quispe, un jeune homme aymara abattu lors d’une opération militaire.

Réactions gouvernementales

Le gouvernement de Paz répond aux protestations en niant d’abord la mort de Víctor Cruz Quispe, puis en attribuant sa mort à un tir ami. Il organise des missions humanitaires pour acheminer carburant et denrées depuis d’autres régions, avec l’aide de pays voisins comme l’Argentine, le Pérou, le Chili et le Brésil. Paz refuse de démissionner et rejette tout dialogue avec les manifestants tant que les barrages ne sont pas levés. Il propose un remaniement ministériel, une réduction de son salaire et de celui de ses ministres, ainsi que la création d’un Conseil économique et social pour associer différents secteurs à ses réformes. Cependant, ces mesures peinent à convaincre, le gouvernement étant perçu comme reconduisant des politiques néolibérales des années 1990 et 2000.

Revendications et acteurs clés

Les manifestants, soutenus par des organisations comme la CSUTCB (fondée en 1979) et la COB (fondée en 1952), réclament la démission de Paz, la libération des 500 prisonniers détenus lors des protestations, et l’arrêt des mandats d’arrêt contre les dirigeants sociaux. La CSUTCB, organisée en syndicats ruraux par région et département, fonctionne selon un modèle démocratique où les dirigeants sont révocables par la base. La COB, bien que moins influente qu’auparavant en raison des privatisations, reste un acteur majeur. Les revendications portent aussi sur la souveraineté des ressources naturelles et la défense de l’État pluriethnique bolivien, un enjeu historique dans un pays où les populations autochtones représentent une part majeure de la population.

Historique des crises similaires

La Bolivie a connu deux soulèvements majeurs en 2003 et 2005, qui avaient renversé des présidents en réaction à des politiques néolibérales. En 2003, les manifestations contre la vente du gaz bolivien au Chili et la loi sur les hydrocarbures de 1996 avaient fait 67 morts sous la présidence de Sánchez de Lozada, contraint à l’exil. En 2005, le vice-président Carlos Mesa, promis à la démission s’il ne tenait pas ses promesses, avait lui aussi été renversé. Ces crises avaient ouvert la voie à l’élection d’Evo Morales en 2006, premier président autochtone du pays, qui avait nationalisé les ressources naturelles et mis en place des politiques sociales avant de voir sa légitimité contestée à partir de 2016.

Ce que ça pourrait changer

Le soulèvement de 2026 s’inscrit dans une lignée de luttes pour la souveraineté des ressources et la justice sociale en Bolivie. Bien qu’un accord ait été trouvé entre le gouvernement et les manifestants, le mouvement révèle une crise de confiance profonde envers le pouvoir en place. Les régions *quechua* et *aymara*, qui avaient largement contribué à l’élection de Paz, se sentent trahies par ses politiques. La Bolivie reste divisée entre les hauts plateaux andins, où vivent la majorité des 11,4 millions d’habitants, et les plaines orientales, plus riches et moins touchées par les protestations. L’avenir politique du pays dépendra de la capacité du gouvernement à répondre aux revendications sociales ou à gérer de nouvelles tensions.

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