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Culture

Microclimats 10 : Ciels variables

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 7 j

Dernier épisode de "Microclimats", "Ciels variables" explore l'imaginaire du ciel : l'air solide et peuplé de démons du Moyen Âge, les nuages peints du Quattrocento, le bleu comme abîme, et la vieille correspondance entre le dedans et le dehors..

Série radiophonique

L'article présente un épisode de la série Microclimats, diffusée dans le cadre des Nuits de France Culture le lundi 14 septembre 2026. Cette série explore des thèmes variés liés à l'environnement, à la culture et aux sciences. L'épisode intitulé Ciels variables a été initialement diffusé le 24 août 1997 et dure 47 minutes. Il rassemble des intervenants issus de disciplines différentes : Joëlle Ducos, linguiste et philologue médiévale, Gilles A. Tiberghien, philosophe spécialiste d'esthétique, Michel Tournier, écrivain, Jean Libis, professeur de philosophie, et Daniel Parrochia, philosophe. L'émission est animée par Renée Elkaïm Bollinger et réalisée par Jean Couturier. Elle s'appuie sur des archives sonores de l'INA et de Radio France.

Imaginaire médiéval

Au Moyen Âge, le ciel et l'air étaient perçus comme des éléments solides et dangereux. Joëlle Ducos explique que l'air était alors considéré comme un corps physique, capable de porter les oiseaux, et non comme un espace gazeux. Les nuages étaient comparés à des objets concrets, comme des vases qui se vident lors des pluies ou des navires transportant les averses. Cette zone basse de l'atmosphère était associée à des phénomènes météorologiques violents, comme la grêle ou les tempêtes, et peuplée de démons aériens, héritage des croyances de saint Augustin. Ces démons étaient tenus pour responsables des catastrophes naturelles. L'expression passions de l'air désignait, selon la philosophie aristotélicienne, la corruption des qualités élémentaires, c'est-à-dire les perturbations atmosphériques.

Représenter l'éphémère

Représenter le ciel a toujours posé un défi artistique, car il s'agit d'un élément en perpétuel mouvement et transformation. Gilles A. Tiberghien évoque la solution de l'architecte Filippo Brunelleschi au XVe siècle, qui remplaçait le ciel peint par de l'argent bruni, reflétant ainsi la lumière réelle. Cette technique permettait de donner l'illusion d'un ciel changeant sans le représenter directement. Plus tard, Léonard de Vinci a décrit les nuages comme des corps sans surface, soulignant leur nature insaisissable. Au XXe siècle, l'artiste Robert Smithson a poussé cette idée plus loin en utilisant douze miroirs dans le Yucatán pour capturer, sans appareil photo, le passage des nuages, des insectes et des oiseaux. Cette approche illustre une volonté de saisir l'éphémère sans le figer.

Langue et perception

La langue française utilise un seul mot, temps, pour désigner à la fois la météorologie (weather en anglais) et la notion temporelle abstraite (time en anglais). Michel Tournier souligne cette particularité dans son analyse du roman Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, qu'il considère comme le roman le plus philosophique jamais écrit. Le personnage de Phileas Fogg, obsédé par les horaires des trains, incarne cette vision rigide du temps, tandis que la météorologie, imprévisible, représente l'aléatoire et le chaos. Daniel Parrochia voit dans cette confusion linguistique une opportunité : elle rappelle que l'humanité ne vit pas seulement sur une terre solide, mais dans un système dynamique air-atmosphère, en résonance avec les correspondances antiques entre le monde, le corps et la cité.

Ce que ça pourrait changer

Jean Libis, s'inspirant des travaux du philosophe Gaston Bachelard, explore la perception du ciel bleu comme une illusion d'optique et une image première. Il propose de le nommer *Abgrund*, un terme allemand signifiant *abîme sans fond*, pour souligner son caractère à la fois fascinant et insondable. Cette vision poétique du ciel bleu invite à une contemplation presque mystique, où la légèreté apparente cache une profondeur insaisissable. L'émission se termine sur une note contemplative, invitant l'auditeur à s'allonger dans un jardin pour admirer le passage des nuages, comparés à des *sculptures admirables*. Cette conclusion met en lumière le plaisir simple et universel de regarder le ciel.

Sujets complémentaires

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