Épinards, amandes : quand des aliments « healthy » attisent l'inflammation intestinale
Présent dans les épinards ou les amandes, l'oxalate pourrait aggraver les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin. Chez les malades, les transporteurs de cette molécule végétale sont moins actifs, selon une étude chez l'humain et la souris..
L’oxalate est une molécule naturelle présente dans de nombreux aliments d’origine végétale comme les épinards, les amandes, les betteraves ou le cacao. Elle est souvent associée à des propriétés antioxydantes, mais elle peut aussi poser problème dans certaines situations. Dans le corps humain, l’oxalate est généralement éliminé par les reins sous forme de déchets dans les urines. Cependant, chez certaines personnes, il peut s’accumuler dans les tissus ou interagir avec d’autres substances, comme le calcium, pour former des cristaux. Ces cristaux sont responsables de calculs rénaux chez certaines personnes, mais des recherches récentes suggèrent qu’ils pourraient aussi jouer un rôle dans l’inflammation intestinale. Dans cette étude, les chercheurs se sont intéressés à l’impact de l’oxalate sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique.
Pour être éliminé, l’oxalate doit traverser la paroi intestinale et être transporté dans le sang avant d’être filtré par les reins. Ce processus dépend de protéines appelées transporteurs d’oxalate, qui jouent le rôle de « portes d’entrée » ou de « portes de sortie » pour cette molécule. Dans cette étude, des chercheurs ont observé que chez les personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), ces transporteurs étaient moins actifs que chez les personnes en bonne santé. Plus précisément, deux transporteurs en particulier, SLC26A6 et SLC26A3, voient leur activité réduite. Cela signifie que l’oxalate a plus de mal à être évacué, ce qui pourrait favoriser son accumulation dans l’intestin et aggraver l’inflammation existante. Les résultats ont été confirmés à la fois chez l’humain et chez la souris, ce qui renforce leur crédibilité.
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) regroupent des affections comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, qui provoquent des inflammations douloureuses et récurrentes du tube digestif. Ces maladies touchent environ 1 personne sur 250 en Europe et en Amérique du Nord, avec une prévalence en augmentation. L’étude suggère que l’oxalate pourrait jouer un rôle dans l’aggravation de ces pathologies, notamment en raison du dysfonctionnement des transporteurs d’oxalate chez les malades. En effet, une accumulation d’oxalate dans l’intestin pourrait irriter davantage la muqueuse intestinale déjà fragilisée par l’inflammation. Les chercheurs n’affirment pas que l’oxalate est la cause des MICI, mais ils soulignent qu’il pourrait être un facteur aggravant, surtout chez les personnes déjà atteintes.
Pour mener cette recherche, les scientifiques ont combiné des analyses chez l’humain et chez la souris. Chez l’humain, ils ont étudié des échantillons de tissus intestinaux prélevés sur des patients atteints de MICI et sur des personnes en bonne santé. Ils ont mesuré l’activité des transporteurs d’oxalate et observé une différence significative entre les deux groupes. Chez la souris, les chercheurs ont utilisé des modèles de MICI pour tester l’impact d’un régime riche en oxalate. Les résultats ont montré que les souris malades développaient une inflammation intestinale plus sévère lorsqu’elles consommaient des aliments riches en oxalate, comme les épinards ou les amandes. Cette approche en deux temps (humain et animal) permet de valider les observations et de mieux comprendre les mécanismes en jeu.
Cette étude ouvre des pistes pour adapter l’alimentation des personnes atteintes de MICI, sans pour autant recommander un régime strict. En effet, les aliments riches en oxalate, comme les épinards, les amandes ou les betteraves, ne sont pas à bannir systématiquement, mais leur consommation pourrait être ajustée en fonction de la sensibilité individuelle. Les chercheurs soulignent que l’oxalate n’est pas le seul facteur impliqué dans les MICI, et que d’autres composants alimentaires (comme les fibres ou les graisses) jouent aussi un rôle. L’objectif n’est pas d’incriminer certains aliments, mais de mieux comprendre comment ils interagissent avec l’inflammation intestinale. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour affiner ces recommandations et proposer des stratégies personnalisées.

