Fidel Castro (1926-2016), un portrait en toutes lettres
Août 2026, Fidel Castro aurait eu 100 ans. Le révolutionnaire devenu chef d’état, le jeune guérillero charismatique, le libérateur triomphateur devenu tyrannique, est mort depuis dix ans, mais son spectre plane encore sur l’île de Cuba aujourd’hui à l’agonie, étranglée par le gouvernent américain..
Fidel Castro (1926-2016) est une figure majeure du XXe siècle, à la fois révolutionnaire, chef d'État cubain et symbole des enjeux politiques contemporains. Né en 1926, il meurt en 2016, dix ans avant la date anniversaire de ses 100 ans célébrée en août 2026. Son parcours incarne les contradictions de son époque : il est à la fois perçu comme un libérateur, un tyran, un tribun charismatique et un acteur clé de la guerre froide. Son image, souvent associée à l'uniforme vert olive, symbolise des mouvements comme l'anticolonialisme, le socialisme tropical et l'autoritarisme. Castro a marqué l'histoire de Cuba à partir de janvier 1959, date de la révolution cubaine, et a influencé les imaginaires politiques mondiaux jusqu'à sa mort.
Fidel Castro commence sa carrière comme guérillero dans la Sierra Maestra, menant une révolte contre le dictateur Fulgencio Batista. En 1959, après la victoire de la révolution, il devient chef d'État de Cuba. Son pouvoir s'appuie sur un discours révolutionnaire et une icône médiatique, construite à travers des images fortes comme son discours au camp militaire de Columbia en 1959 aux côtés de Camilo Cienfuegos. Castro incarne alors l'espoir d'un peuple insurgé, mais son régime devient progressivement autoritaire, verrouillant les libertés et confisquant les rêves révolutionnaires. Son charisme et son omniprésence (discours de 6 à 10 heures, surveillance constante) en font une figure inoxydable, même après avoir officiellement cédé le pouvoir à son frère Raúl en 2008.
Fidel Castro est une figure ambivalente : il fascine et divise. D'un côté, il est vu comme un Robin des Bois moderne, soutenant des mouvements révolutionnaires à l'étranger (Angola, Nicaragua) et offrant l'asile à des figures comme Assata Shakur ou Hugo Chávez. De l'autre, il est critiqué pour son autoritarisme, censurant la culture (interdiction des Beatles à la radio) et réduisant au silence les opposants. Son image évolue avec le temps : dans les années 2000, affaibli, il apparaît en survêtement Adidas, mais reste une icône. Son pouvoir repose sur une performance constante, mêlant discours enflammés, citations de figures historiques (Bolívar, Martí, Lénine) et contrôle absolu des médias, notamment via le journal Granma, organe officiel du Parti communiste cubain.
La mort de Fidel Castro le 25 novembre 2016 marque la fin d'une époque, celle des utopies globales et des révolutions soutenues par l'État. Son héritage est complexe : il a transformé Cuba en un laboratoire politique, mais son régime a aussi étouffé les libertés. Son image, étudiée par des historiens comme Nancy Berthier, a joué un rôle clé dans la diffusion de la révolution cubaine. Elle a évolué en quatre phases : la période pré-iconique (avant 1959), la cristallisation iconique (années 1960-1980), les ambivalences de l'icône (années 1990-2000) et le crépuscule de l'icône (après 2008). Son nom, Castro, est même associé à un abécédaire radiophonique explorant six décennies d'histoire cubaine.
Le destin de Fidel Castro et de Cuba est étroitement lié à l'embargo américain, imposé en 1960 et toujours en vigueur en 2026. Cet embargo, renforcé par des lois comme la loi Helms-Burton (1996), a asphyxié l'économie cubaine, limitant les échanges commerciaux et les investissements étrangers. Malgré cela, Castro a maintenu son régime grâce à des alliances stratégiques, notamment avec l'URSS pendant la guerre froide. Aujourd'hui, en 2026, Cuba est décrite comme une île « à l'agonie », étranglée par ces sanctions économiques et par un système politique verrouillé. L'embargo reste un sujet de débat international, certains le voyant comme une mesure punitive injuste, d'autres comme une réponse légitime à un régime autoritaire.
Plusieurs experts analysent la figure de Fidel Castro à travers des prismes variés. Nancy Berthier, historienne, étudie son iconographie dans l'ouvrage Fidel Castro : arrêts sur images, montrant comment son image a été construite et perçue. Des personnalités exilées comme Eduardo Manet ou Zoé Valdés offrent un regard critique sur son héritage, tandis que des journalistes comme Bertrand Rosenthal, ancien chef du bureau de l'AFP à Cuba, apportent un éclairage sur les rouages du pouvoir cubain. D'autres, comme Salim Lamrani, analysent les réalités économiques de Cuba malgré l'embargo. Ces travaux soulignent les contradictions d'un régime qui se présente comme anti-impérialiste tout en dépendant de soutiens extérieurs.
Le documentaire *Toute une vie : Fidel Castro (1926-2016), un portrait en toutes lettres*, diffusé sur France Inter, explore son parcours à travers des archives sonores, des témoignages et des analyses. Réalisé par Alexandre Héraud et Yvon Croizier, il s'appuie sur des travaux universitaires et des entretiens avec des spécialistes. Plusieurs ouvrages sont cités pour approfondir le sujet, comme *Fin de siècle à La Havane* de Jean-François Fogel et Bertrand Rosenthal, ou *Cuba : ce que les médias ne vous diront jamais* de Salim Lamrani. Ces ressources permettent de comprendre les multiples facettes d'un homme qui a marqué l'histoire par son verbe et ses choix politiques.

