Haïti : les gangs enrôlent toujours plus d’enfants
En Haïti, les gangs paralysent l’économie, terrorisent les populations et coupent l’accès aux services essentiels. Leur emprise gagne aussi les enfants : entre 30 % et 50 % de leurs membres seraient des mineurs.
En Haïti, des enfants sont de plus en plus forcés de rejoindre des gangs armés pour survivre, faute d’alternatives viables. Selon le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, cette situation reflète l’effondrement des structures sociales et l’absence de protection pour les mineurs. Les gangs exploitent leur vulnérabilité en leur proposant de la nourriture ou de l’argent, puis les intègrent progressivement à leurs activités criminelles. Entre janvier et septembre 2026, plus de 5 700 personnes, dont des enfants, ont été tuées ou blessées par des violences liées aux gangs ou à des opérations policières. Les témoignages recueillis par l’expert William O’Neill révèlent des parcours similaires : des enfants des rues, recrutés comme guetteurs ou messagers, finissent souvent incarcérés. Malgré cette réalité, certains conservent des rêves, comme devenir pilote ou psychologue, montrant que leur engagement dans les gangs est avant tout une question de survie.
Les gangs haïtiens étendent leur emprise en contrôlant des territoires stratégiques, comme Kenscoff, Gressier et le sud-est de l’île, menaçant la stabilité du pays. Entre janvier et septembre 2026, plus de 230 enlèvements et plus de 1 000 cas de violences sexuelles contre des femmes et filles ont été recensés. Les opérations de police contre les gangs sont souvent critiquées pour leur usage disproportionné de la force : plus de la moitié des victimes (5 700 personnes tuées ou blessées) l’ont été lors de ces interventions. Par ailleurs, des groupes d’autodéfense ont tué ou blessé 280 personnes. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) souligne que cette violence s’inscrit dans un contexte d’impunité généralisée, où les commanditaires et financiers des réseaux criminels échappent à la justice. Le HCDH appelle à élargir les sanctions contre ces acteurs et à renforcer l’embargo sur les armes, dont le trafic alimente les gangs.
L’insécurité persistante en Haïti a des répercussions humanitaires dramatiques. Après une attaque meurtrière le 28 septembre 2026 à Gros-Morne (Artibonite), plus de 5 000 personnes ont fui la zone, dont 90 % ont trouvé refuge chez des familles hôtes. Près de 90 000 personnes devaient bénéficier d’une aide humanitaire en 2026 à Gros-Morne, mais seulement 30 000 en avaient reçu d’ici juin. L’insécurité a contraint plusieurs organisations à suspendre leurs activités et leurs déplacements, interrompant l’acheminement de l’aide vitale. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) réclament un accès humanitaire rapide et sécurisé pour reprendre les distributions. Cette crise s’ajoute aux 220 000 rapatriements forcés de Haïtiens depuis plusieurs pays de la région en 2026, dont près de 20 000 enfants.
Face à l’ampleur de la crise, le Haut-Commissaire Volker Türk et l’ambassadrice haïtienne Ann-Kathryne Lassègue appellent à une réponse internationale coordonnée. Le HCDH propose plusieurs mesures : élargir les sanctions aux financiers des gangs, faire respecter un embargo sur les armes, et protéger la diaspora haïtienne. La création d’un corps de jeunes et le renforcement de la protection sociale, de la formation professionnelle et des opportunités d’emploi sont aussi envisagés pour offrir des alternatives aux enfants et aux anciens membres de gangs. Volker Türk insiste sur la nécessité d’élections libres et équitables pour rétablir l’ordre constitutionnel, tout en excluant les auteurs de violations des droits humains. Cependant, les conditions pour organiser un scrutin crédible en 2026 semblent difficiles à réunir. La lutte contre les gangs ne peut se limiter à Haïti, car leurs réseaux dépassent les frontières nationales.

