"Lapin maudit" de Bora Chung
Des nouvelles de Corée ? Deux contes de l’écrivaine sud-coréenne Bora Chung brouillent les genres entre réalisme magique, fantastique ou horreur corporelle. Elles stupéfient par leur imaginaire sans limite et offrent non sans humour, une analyse des maux de nos sociétés contemporaines névrosées..
L'article présente deux nouvelles de l'écrivaine sud-coréenne Bora Chung, issues de son recueil Lapin maudit. Ces récits mêlent plusieurs genres littéraires, notamment le réalisme magique, le fantastique et l'horreur corporelle. Le réalisme magique désigne un style où des éléments surnaturels s'intègrent de manière naturelle dans un cadre réaliste, tandis que le fantastique repose sur l'apparition d'événements inexplicables dans un monde normal. L'horreur corporelle, quant à elle, explore des thèmes liés au corps humain de manière dérangeante ou grotesque. Ces nouvelles, enregistrées en public lors du festival d'Avignon en juillet 2026, ont été réalisées par Baptiste Guiton avec une musique d'Olivier Longre et une distribution artistique incluant Séram Borgel, Violette Grimaud, Gwendal Normand et Founémoussou Sissoko.
Dans la nouvelle Lapin maudit, une lampe en forme de lapin, dotée de pouvoirs maléfiques, provoque la ruine d'une famille sur trois générations. Ce récit illustre comment un objet maudit peut transformer le destin d'une lignée entière. L'histoire s'inscrit dans une tradition de contes où des artefacts magiques jouent un rôle central, comme dans les légendes européennes. La malédiction, souvent présente dans les récits fantastiques, représente ici une critique indirecte des travers humains, notamment la cupidité et la transmission des vices entre générations. La nouvelle a été traduite du coréen par Han Yumi et Hervé Péjaudier, et publiée aux éditions Rivages.
La nouvelle La Tête raconte l'histoire d'une femme terrorisée par une créature issue de ses propres déjections, qui émerge de la cuvette des toilettes et l'appelle « mère ». Ce récit, à la frontière entre l'horreur et l'humour noir, explore des thèmes comme la honte, la peur de soi et les tabous liés au corps. L'horreur corporelle y est poussée à son paroxysme, avec une créature née des déchets humains, symbole de rejet et de dégoût. L'auteure utilise ce procédé pour interroger les normes sociales et les peurs inconscientes. La nouvelle a été sélectionnée par le National Booker Prize et l'International Book Award, soulignant son originalité et son impact.
Bora Chung, née en 1976 à Séoul, est une écrivaine sud-coréenne dont le recueil Lapin maudit a reçu une reconnaissance internationale. Son travail, à la fois subversif et poétique, brouille les frontières entre les genres littéraires pour offrir une critique sociale déguisée en fable. Ses nouvelles, comme celles présentées dans l'article, utilisent l'absurde et le surnaturel pour décrire les dysfonctionnements des sociétés contemporaines, qualifiées de « névrosées ». Son style, souvent comparé à celui de Franz Kafka ou de Haruki Murakami, explore des thèmes universels comme la peur de l'autre, la culpabilité et la quête de sens. Le recueil a été publié en français aux éditions Rivages, avec une traduction assurée par Han Yumi et Hervé Péjaudier.
Les nouvelles de Bora Chung ont été enregistrées en public lors du festival d'Avignon en juillet 2026, dans le cadre de la programmation *Musique* du Jeune Théâtre National. Cet événement culturel, l'un des plus importants en France, accueille chaque année des spectacles variés, allant du théâtre à la musique en passant par des lectures publiques. La participation du Jeune Théâtre National, une institution dédiée à la création contemporaine, a permis de mettre en valeur ces récits à travers une mise en scène adaptée. L'enregistrement a été réalisé par une équipe technique dirigée par Philippe Thibaud, Mathieu Touren et Julie Garraud, avec une réalisation assurée par Baptiste Guiton.

