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Environnement

Le sorgho, une céréale à « gros potentiel » qui peine à s'imposer

Reporterre · mis à jour il y a 3 j

5 e céréale la plus consommée au monde, le sorgho est très résistant aux sécheresses et aux chaleurs. Elle reste pourtant beaucoup moins cultivée que le maïs et sa filière bénéficie de peu de moyens.

Céréale méconnue et prometteuse

Le sorgho est une céréale cultivée depuis des millénaires, notamment en Afrique et en Asie, mais elle reste peu connue en Europe et en Amérique du Nord. Contrairement au blé ou au maïs, le sorgho (Sorghum bicolor) est une plante résistante à la sécheresse, ce qui en fait une culture adaptée aux régions arides ou soumises à des étés secs. Cette particularité s’explique par son système racinaire profond et son métabolisme adapté aux conditions de stress hydrique. En 2023, le sorgho représentait environ 6 % de la production mondiale de céréales, loin derrière le maïs (31 %) ou le riz (29 %), mais devant des cultures comme l’orge ou l’avoine. Ses atouts incluent une faible consommation d’eau, une croissance rapide et une grande polyvalence, pouvant être utilisée pour l’alimentation humaine, animale ou même comme biocarburant.

Avantages écologiques majeurs

Le sorgho présente plusieurs avantages environnementaux par rapport à d’autres céréales. D’abord, sa culture nécessite jusqu’à 30 % d’eau en moins que le maïs, ce qui en fait une solution intéressante face au réchauffement climatique et aux restrictions en eau croissantes. Ensuite, cette plante améliore la qualité des sols grâce à son système racinaire qui limite l’érosion et fixe l’azote, réduisant ainsi le besoin en engrais chimiques. Enfin, le sorgho peut être intégré dans des rotations culturales pour diversifier les exploitations agricoles. En France, par exemple, sa culture a progressé de 15 % entre 2020 et 2023, passant de 150 000 à 173 000 hectares, mais reste marginale comparée à d’autres céréales comme le blé tendre, qui couvre 5 millions d’hectares.

Freins à son adoption massive

Malgré ses atouts, le sorgho peine à s’imposer comme une culture majeure en Europe et en Amérique du Nord. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Tout d’abord, les habitudes alimentaires locales privilégient des céréales comme le blé ou le maïs, et le sorgho est souvent perçu comme une culture exotique ou destinée à l’alimentation animale. Ensuite, les filières de transformation et de commercialisation sont moins développées, ce qui limite les débouchés pour les agriculteurs. Enfin, les subventions agricoles européennes favorisent traditionnellement des cultures comme le blé ou le colza, rendant le sorgho moins compétitif économiquement. En France, seulement 2 % des surfaces céréalières sont consacrées au sorgho, contre 40 % pour le blé tendre.

Potentiel alimentaire sous-exploité

Le sorgho est une céréale riche en nutriments : il contient des protéines, des fibres, des minéraux (fer, magnésium) et des antioxydants, tout en étant naturellement sans gluten, ce qui en fait une alternative intéressante pour les personnes atteintes de la maladie cœliaque. Pourtant, son utilisation dans l’alimentation humaine reste limitée en Occident. En Afrique et en Asie, il est consommé sous forme de bouillies, de galettes ou de boissons fermentées, mais en Europe, il est principalement utilisé pour l’alimentation animale (volailles, porcs) ou comme matière première pour l’industrie (biocarburants, bioplastiques). Les acteurs du secteur estiment que son potentiel pourrait être mieux exploité si les mentalités évoluaient et si des produits transformés (farine, biscuits, etc.) étaient plus accessibles.

Initiatives pour relancer la filière

Face à ces défis, plusieurs initiatives émergent pour promouvoir le sorgho. En France, des coopératives agricoles et des startups développent des projets visant à diversifier les usages du sorgho, notamment dans l’alimentation humaine. Par exemple, des entreprises comme Sorgho Horizon ou La Ferme des Étoiles proposent des produits à base de sorgho, comme des pâtes ou des biscuits, pour sensibiliser les consommateurs. De plus, des programmes de recherche, soutenus par des institutions comme l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), étudient des variétés plus adaptées aux climats tempérés ou des techniques culturales optimisées. Enfin, des politiques publiques commencent à encourager cette culture, comme en témoigne le Plan protéines végétales lancé en 2020, qui inclut le sorgho parmi les alternatives au soja importé.

Ce que ça pourrait changer

L’avenir du sorgho dépendra en grande partie de sa capacité à s’intégrer dans les marchés agricoles et alimentaires. Actuellement, son prix à la production est souvent inférieur à celui du blé ou du maïs, en raison d’une demande limitée et de coûts de transformation plus élevés. En 2023, le prix moyen du sorgho en France était d’environ 220 €/tonne, contre 250 €/tonne pour le blé tendre. Pour que sa culture se développe, il faudrait une augmentation de la demande, notamment de la part des industries agroalimentaires ou énergétiques, ainsi qu’un soutien accru des pouvoirs publics. Certains acteurs du secteur estiment qu’il faudrait multiplier par trois la surface cultivée en Europe pour que le sorgho devienne une culture économiquement viable à grande échelle.

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