Omri Boehm : “Inventer un nouveau point d’Archimède entre Israéliens et Palestiniens”
Trois ans après les attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, les méthodes de guerre d'Israël à Gaza ont été largement condamnées. Selon l'article, ces actions équivaudraient à des crimes de guerre à grande échelle, des crimes contre l'humanité, voire un génocide. Entre octobre 2023 et octobre 2026, Israël a détruit les infrastructures vitales de Gaza, tué des dizaines de milliers de civils et utilisé la famine comme arme de guerre. Des organisations comme B’Tselem, la plus grande ONG israélienne de défense des droits humains, ainsi que des personnalités comme l'écrivain David Grossman, ont qualifié ces actes de génocide. Le débat ne porte plus sur la réalité des crimes, mais sur la manière d'en rendre compte politiquement.
Trois ans après les attentats du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, les méthodes de guerre d'Israël à Gaza ont été largement condamnées. Selon l'article, ces actions équivaudraient à des crimes de guerre à grande échelle, des crimes contre l'humanité, voire un génocide. Entre octobre 2023 et octobre 2026, Israël a détruit les infrastructures vitales de Gaza, tué des dizaines de milliers de civils et utilisé la famine comme arme de guerre. Des organisations comme B’Tselem, la plus grande ONG israélienne de défense des droits humains, ainsi que des personnalités comme l'écrivain David Grossman, ont qualifié ces actes de génocide. Le débat ne porte plus sur la réalité des crimes, mais sur la manière d'en rendre compte politiquement.
La question du droit d'Israël à exister est souvent instrumentalisée pour discréditer les critiques. Pourtant, ce droit est reconnu par la résolution de partition des Nations unies de 1947, qui a également établi le droit d'existence d'un État palestinien. L'article souligne que ce droit ne préserve pas la structure gouvernementale ou constitutionnelle d'un État, mais garantit son existence territoriale et sa reconnaissance internationale. Refuser ce droit reviendrait à saper les fondements du droit international, tout en risquant de délégitimer Israël. La Cour suprême israélienne a même adopté une doctrine selon laquelle Gaza et la Cisjordanie ne sont pas des territoires occupés, mais « contestés », ce qui a permis à Israël de rejeter l'idée d'un partage de la Palestine.
Le sionisme, mouvement politique visant à établir un État juif en Palestine, est au cœur du débat. L'article cite l'ouvrage Ma Terre promise d'Ari Shavit, publié en 2013, qui aborde la Nakba (l'exode palestinien de 1948) comme une partie intégrante de la création d'Israël. Shavit y décrit le nettoyage ethnique comme un « travail sale et répugnant » nécessaire à l'existence de l'État d'Israël. Cette vision a été critiquée car elle lie indissociablement l'autodétermination juive à la destruction de la société palestinienne. Aujourd'hui, des figures comme Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich incarnent cette logique, faisant du nettoyage ethnique un programme politique central dans un contexte post-solution à deux États.
La solution à deux États, inspirée des accords d'Oslo, est aujourd'hui largement considérée comme un échec. Selon l'article, cette solution offrait aux Palestiniens, qui représentent 52 % de la population entre le Jourdain et la mer Méditerranée, la souveraineté sur seulement 22 % du territoire, réparti en deux zones distinctes (Gaza et la Cisjordanie). Cette proposition est perçue comme inéquitable et incapable d'apporter la paix. Malgré des reconnaissances symboliques d'un État palestinien par des pays comme la France, la Grande-Bretagne et l'Espagne, cette solution ne peut fonctionner sans une refonte profonde. Les accords d'Oslo ont échoué car ils n'ont pas empêché la colonisation israélienne ni la fragmentation des territoires palestiniens.
Israël traverse une crise constitutionnelle depuis avant le 7 octobre 2023. Le gouvernement de l'époque menait une attaque contre l'État de droit, tandis que l'opposition libérale, menée par Yaïr Lapid, proposait de rédiger une nouvelle constitution. Cette crise s'inscrit dans un contexte où la Déclaration d'indépendance de 1948, qui définit Israël comme un État juif et démocratique, n'a jamais été traduite en loi fondamentale. La Cour suprême israélienne, dirigée par Aharon Barak, a joué un rôle clé dans cette crise. L'article souligne que sans une constitution claire, les principes démocratiques et les droits humains sont menacés, notamment face à des politiques de colonisation et de nettoyage ethnique.
La Cour suprême israélienne a longtemps refusé de statuer sur la colonisation des territoires occupés, arguant que ces questions étaient « non justiciables ». Selon la doctrine juridique israélienne, Gaza et la Cisjordanie ne sont pas des territoires occupés, mais des territoires « contestés ». Cette position a permis à Israël de maintenir une politique de colonisation tout en niant les droits des Palestiniens. Pourtant, le droit international interdit l'installation de civils sur des territoires occupés. L'article souligne que cette situation a empêché l'application du droit pour prévenir des actions nuisibles à la paix, rendant inévitables des crimes contre l'humanité ou un génocide. La destruction de la Palestine menace également la démocratie israélienne, son État de droit et ses institutions libérales.
Pour sortir de l'impasse, l'article propose de repenser les fondements constitutionnels d'Israël. Il suggère de s'appuyer sur la Déclaration d'indépendance de 1948 pour rédiger une nouvelle constitution qui garantirait à la fois la souveraineté juive et les droits des Palestiniens. Cette constitution devrait rendre illégal toute atteinte aux principes d'un État juif et démocratique. Yaïr Lapid, ancien Premier ministre et chef de l'opposition centriste, avait déjà souligné en 2023 la nécessité de rédiger un « nouveau contrat » social. Une telle refonte permettrait de protéger les institutions démocratiques israéliennes et d'éviter que la destruction de la Palestine ne se propage à la Cisjordanie ou aux citoyens palestiniens d'Israël.

