Japon : la remilitarisation accélérée au nom de la souveraineté et de la sécurité
Depuis l’arrivée en poste de la Première ministre Sanae Takaichi, le Japon affiche de plus en plus clairement son intention de renforcer significativement ses capacités de défense face aux menaces que représentent à ses yeux la Chine, la Russie et la Corée du Nord..
Depuis septembre 2026, le Japon est dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi, figure politique nationaliste. Son gouvernement a décidé d'accélérer significativement le renforcement des capacités militaires du pays. Cette décision s'inscrit dans un contexte géopolitique marqué par des tensions croissantes avec la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Le Japon considère ces trois pays comme des menaces potentielles à sa sécurité, notamment en raison de leurs ambitions territoriales et de leurs programmes militaires. La Première ministre justifie cette remilitarisation par la nécessité de protéger la souveraineté nationale et de garantir la sécurité de ses citoyens. Cette orientation stratégique marque un tournant par rapport à la politique pacifiste historique du Japon, adoptée après la Seconde Guerre mondiale.
Le budget alloué à la défense japonaise représente actuellement environ 2 % du Produit Intérieur Brut (PIB), un niveau déjà doublé depuis le début de la guerre en Ukraine. Pour l'année fiscale 2027-2028 (d'avril 2027 à mars 2028), le budget initial est estimé à 48 milliards d'euros. Cependant, ce montant devrait augmenter après une révision de la stratégie de sécurité nationale prévue en décembre 2026. Cette hausse budgétaire reflète la volonté du gouvernement de moderniser l'armée japonaise et de développer des technologies de défense avancées. Le Japon cherche ainsi à rattraper son retard par rapport à ses voisins asiatiques en matière d'investissements militaires.
Le Japon souhaite moderniser son armée en intégrant des technologies de pointe comme les drones, l'intelligence artificielle (IA), les cyberattaques et les systèmes spatiaux. Ces innovations visent à adapter les capacités militaires aux nouveaux modes de combat. Par exemple, les drones permettent des missions de surveillance ou de frappe sans exposer de soldats, tandis que l'IA peut analyser des données en temps réel pour améliorer la prise de décision. Le gouvernement japonais insiste particulièrement sur le développement de technologies dites duales, c'est-à-dire utilisables à la fois pour des applications civiles et militaires. Cette approche permet de rentabiliser les investissements et de réduire la dépendance aux technologies étrangères, notamment américaines.
L'industrie de défense japonaise est historiquement fragile, car elle dépend presque exclusivement des commandes de l'État. Pour la renforcer, le gouvernement a levé les restrictions sur les exportations d'armes, y compris les armes létales (c'est-à-dire pouvant causer la mort). Il encourage également les entreprises civiles à s'engager dans le secteur militaire en leur offrant des investissements prioritaires. Certaines usines pourraient même être nationalisées si nécessaire. Cette stratégie vise à créer un écosystème industriel autonome capable de produire des équipements militaires de haute technologie. Des entreprises comme Rakuten, spécialisée dans la vente en ligne, participent déjà à ce mouvement en codéveloppant des drones pour l'armée.
Le gouvernement japonais considère la défense comme un nouveau pilier économique. En développant une industrie de défense compétitive, le Japon espère stimuler l'innovation, créer des emplois et renforcer son autonomie stratégique. Les 17 domaines prioritaires pour les investissements de l'État incluent notamment les technologies de défense, l'IA et l'espace. Cette approche s'inscrit dans une logique de souveraineté technologique, c'est-à-dire la capacité à produire localement les technologies essentielles sans dépendre de l'étranger. Cependant, cette stratégie soulève des questions éthiques dans un pays où des entreprises emblématiques comme Sony ont prospéré en évitant le secteur militaire.
Officiellement, le Japon reste attaché à sa posture pacifiste, héritée de sa constitution de 1947, qui limite strictement ses capacités militaires. Cependant, la réalité montre une remilitarisation accélérée, avec la désignation d'ennemis potentiels et un appel aux entreprises et chercheurs à collaborer avec le secteur militaire. Le gouvernement promeut activement cette nouvelle stratégie via des documents officiels comme le *livre blanc sur la défense*, des versions adaptées pour les enfants, et des campagnes sur les réseaux sociaux. Malgré cela, des résistances persistent. Certaines entreprises, comme Sony, ou des clients de Rakuten boycottent cette orientation, estimant qu'elle va à l'encontre des valeurs pacifistes du pays.

