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Culture

Comment les best-sellers du Moyen Âge nous sont-ils parvenus ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 14 j

En s'inspirant de la biologie, des chercheurs français ont créé un nouvel outil de modélisation de la transmission des textes. Ils montrent que plus de 95% manuscrits produits ont été perdus au fil des siècles..

Best-sellers médiévaux

Au Moyen Âge, les textes populaires comme la Chanson de Roland ou les romans du roi Arthur étaient recopiés à la main par des copistes. Sans imprimerie, chaque copie pouvait être légèrement modifiée par son auteur, créant ainsi plusieurs versions d’une même œuvre. Ces transformations successives ont donné naissance à des ramifications dans les textes, similaires à un arbre généalogique ou à un arbre phylogénétique utilisé en biologie pour représenter les liens entre espèces vivantes. Cette méthode d’analyse, popularisée depuis le 19e siècle, permet d’étudier la transmission des manuscrits médiévaux.

Perte massive de manuscrits

Selon Jean-Baptiste Camps, maître de conférence à l’École des Chartes à Paris, plus de 95 % des manuscrits produits au Moyen Âge ont été perdus au fil des siècles. Cette estimation s’appuie sur des observations comme l’existence de seulement un manuscrit survivant pour certaines œuvres très diffusées, comme les romans de chevalerie ou les chansons de geste en ancien français. Les chercheurs estiment que les branches et feuilles manquantes dans ces « arbres de transmission » sont nombreuses, rendant difficile la reconstruction exacte de l’évolution des textes.

Nouvel outil de modélisation

Pour combler ces lacunes, des chercheurs français, dont Jean-Baptiste Camps, ont développé un outil de modélisation informatique inspiré de la biologie. Ce modèle statistique permet de simuler la transmission des textes médiévaux en se basant sur des données réelles, comme près de 2000 manuscrits de chevalerie en français datés du 12e au 15e siècle. Ces manuscrits incluent des œuvres majeures comme la Matière de Bretagne de Chrétien de Troyes ou les chansons de geste. L’outil vise à reconstruire les versions perdues et à comprendre comment les textes ont évolué.

Méthode inspirée de la biologie

L’approche utilisée par les chercheurs s’inspire directement des méthodes utilisées en biologie pour étudier l’évolution des espèces. En analysant les liens entre les manuscrits comme on étudie les liens entre les espèces, ils peuvent identifier les versions originales et les transformations successives. Cette méthode permet de quantifier la perte de manuscrits et de mieux comprendre les mécanismes de diffusion et de modification des textes médiévaux. Les résultats confirment que la majorité des œuvres ont disparu, ne laissant que des traces fragmentaires.

Ce que ça pourrait changer

L’étude publiée dans *PNAS Nexus* ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche en littérature médiévale. En modélisant la transmission des textes, les chercheurs espèrent reconstituer des versions perdues ou mieux comprendre comment les œuvres ont été adaptées au fil du temps. Cet outil pourrait également être appliqué à d’autres corpus de textes anciens, offrant une vision plus précise de la culture écrite du Moyen Âge. Les résultats soulignent l’importance de préserver les manuscrits existants, car ils représentent une infime partie de la production littéraire médiévale.

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