Petit tour du monde des stratégies de lutte contre le feu
Sous l’effet du dérèglement climatique, les incendies se multiplient et s’intensifient. De l’Australie à la Californie, en passant par la Chine ou l’Union européenne, on mêle avancées technologiques et expérience de terrain pour prévenir et lutter contre le feu..
L'Australie combine des technologies modernes et des savoirs traditionnels aborigènes pour lutter contre les feux de brousse, devenus plus intenses et fréquents en raison du dérèglement climatique. Après les incendies dévastateurs de l'Été noir en 2019-2020, qui ont ravagé une superficie équivalente à celle du Royaume-Uni, un centre de recherche sur les feux de brousse a été créé à Canberra. Ce centre utilise des outils comme les satellites, les drones et l'intelligence artificielle pour détecter les zones à risque, par exemple en mesurant l'humidité des sols ou en identifiant les zones riches en combustible comme les feuilles mortes ou les arbustes. Cependant, ces données restent inefficaces sans une application sur le terrain. Les connaissances écologiques aborigènes, comme l'observation de la couleur des plantes ou l'ombre des arbres, permettent de prédire le comportement des feux avant même qu'ils ne se déclarent. Une autre pratique ancestrale, le brûlage culturel, consiste à allumer des feux contrôlés pour fragmenter le paysage et éviter l'accumulation de combustible. Les autorités australiennes ont aussi mis en place un système d'alerte à quatre niveaux, allant de modéré à catastrophique, associé à des recommandations précises pour les habitants. Malgré ces efforts, convaincre la population de suivre ces conseils reste un défi majeur.
Aux États-Unis, plus précisément en Californie, les incendies ont détruit près de 60 000 maisons et bâtiments au cours de la dernière décennie. Pour limiter les dégâts, l'État a instauré des règles strictes visant à protéger les habitations en créant une zone zéro autour des maisons. Cette zone tampon de 1,50 mètre interdit la présence de matériaux inflammables à moins de 30 centimètres des bâtiments. Après des années de débats, ces règles ont été publiées en avril 2026, marquant un compromis entre sécurité et préservation du paysage. Les arbres et la pelouse sont généralement autorisés, à condition d'être bien entretenus. L'objectif est de réduire les risques d'incendie en limitant les sources de combustible à proximité immédiate des habitations, tout en évitant une interdiction totale qui pourrait nuire à l'environnement local.
En Indonésie, les incendies de forêt et de terres s'aggravent chaque année, avec 107 000 hectares déjà ravagés depuis janvier 2026, soit près du double de la superficie de Jakarta. Cette situation s'explique en partie par l'arrivée d'un épisode El Niño particulièrement intense, annonciateur d'une longue sécheresse. Cependant, la cause principale réside dans la transformation des paysages due à l'expansion de l'agro-industrie, notamment à travers un Projet stratégique national (PSN) porté par le gouvernement. Les concessions industrielles, comme celles de Sumatra ou Kalimantan, sont responsables de 74 % des points chauds détectés, selon une étude du Forum indonésien pour l'environnement (Walhi). Les feux ne sont donc pas seulement un problème technique, mais aussi un enjeu politique et de gouvernance. Les incendies gagnent désormais des régions autrefois épargnées, comme la Papouasie du Sud, illustrant l'ampleur de la crise.
L'Espagne, l'un des pays européens les plus touchés par les incendies, mise sur l'innovation technologique pour renforcer sa lutte contre le feu. Depuis le début de l'année 2026, 29 incendies majeurs ont ravagé environ 114 796 hectares de forêt, dont 17 se sont déclarés en juillet. Pour améliorer la prévention et l'intervention, des solutions comme un liquide biodégradable, plus efficace que l'eau pour éteindre les feux, sont testées. Ce liquide peut aussi être appliqué sur la végétation pour prévenir la propagation des flammes. Par ailleurs, un système de détection précoce combine intelligence artificielle, capteurs et drones autonomes pour identifier les départs de feu en quelques secondes. Un modèle d'évaluation des feux de forêt, développé grâce à l'IA et à des images satellite, permet d'estimer la propagation potentielle d'un incendie, le temps nécessaire pour le maîtriser et les ressources requises pour une intervention d'urgence. Ces innovations visent à réduire les délais d'action et à optimiser l'utilisation des moyens disponibles.
En Grèce, les incendies ravagent le pays depuis fin juillet 2026, touchant des régions comme la Crète, le Péloponnèse ou l'Attique. Malgré la création en 2021 d'un ministère de la Crise climatique et de la Protection civile et des investissements de 2,5 milliards d'euros dans des outils technologiques, les résultats restent insuffisants. Depuis 2021, 500 000 hectares de forêt ont brûlé dans le pays, selon le système européen Effis. Le problème principal est le manque de personnel : le service des pompiers est sous-dimensionné, avec seulement 18 800 pompiers en activité, un record mais un nombre toujours insuffisant. Les critiques soulignent aussi l'utilisation abusive de pompiers saisonniers et le manque de moyens humains pour faire face à l'ampleur des incendies. Cinq soldats du feu sont décédés cet été, illustrant les risques encourus par les équipes en première ligne.
L'Union européenne (UE) joue un rôle clé dans la lutte contre les incendies en apportant un soutien coordonné à ses États membres en cas de crise. Lorsque l'un des pays de l'UE est confronté à une urgence climatique, comme des incendies majeurs, les Vingt-Sept mettent en commun des moyens aériens, terrestres et même satellitaires pour aider le pays touché. Cette solidarité repose sur une *vérité fondamentale* : une catastrophe survenue sur un territoire européen est une catastrophe européenne, comme l'a souligné la presse espagnole fin juillet 2026. L'UE ne se limite pas à une aide matérielle, mais incarne aussi une approche collective pour faire face aux défis environnementaux, transcendant les frontières linguistiques et géographiques. Ce mécanisme de soutien illustre l'importance de la coopération européenne dans la gestion des risques climatiques.

