A Gaza, l’IA sert à tuer et ce n’est pas un roman
La république des lettres se déchire autour du cas Thélyson Orélien, auteur exclu de la course au prix Goncourt pour cause d’utilisation présumée de l’intelligence artificielle pour la rédaction de son roman C’était ça ou mourir. L’œuvre étant maintenue en lice pour le Renaudot, on se gardera bien….
L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée par les armées pour identifier des cibles et mener des frappes militaires. En Israël, après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, l’armée (Tsahal) a déployé des logiciels d’IA comme Lavender et Where is Dad pour repérer et éliminer des membres présumés du Hamas ou du djihad islamique. Lavender a ainsi « marqué » jusqu’à 37 000 personnes, avec un taux d’erreur estimé à 10 %. Ces systèmes analysent des données massives (téléphones, reconnaissance faciale, réseaux sociaux) pour évaluer l’importance des cibles et fixer des seuils de victimes civiles acceptables, allant jusqu’à 500 morts dans certains cas. L’IA permet aussi de cartographier les zones et de vérifier la présence des cibles chez elles avant les frappes, comme avec Where is Dad. Ces outils s’inscrivent dans une stratégie israélienne de supériorité technologique, avec une unité spécialisée (8 200) développant des dispositifs numériques souvent à l’origine de start-up renommées.
Malgré l’utilisation de l’IA, des officiers israéliens interrogés par le journaliste Yuval Abraham décrivent un contrôle minimal sur les frappes automatisées. Les cibles, parfois au nombre de plusieurs centaines par jour, ne seraient vérifiées que pendant une vingtaine de secondes avant validation ou refus. Cette affirmation est contestée par les autorités israéliennes, qui affirment une évaluation rigoureuse des cibles et des victimes collatérales. Pourtant, les chiffres du terrain contredisent cette version : 80 % des bâtiments de Gaza ont été détruits, et le bilan humain inclut 18 457 enfants morts au 1er juillet 2025, selon The Guardian. Cette déconnexion entre la technologie et son contrôle humain soulève des questions sur la fiabilité des systèmes et l’éthique des frappes automatisées.
L’utilisation de l’IA dans les conflits n’est pas limitée à Israël. Aux États-Unis, lors de l’opération Epic Fury contre l’Iran en février 2024, l’aviation et la marine ont utilisé l’IA générative Claude (développée par Anthropic) pour frapper des centaines de cibles rapidement. Cependant, cette rapidité a conduit à des erreurs, comme le bombardement de l’école de Minab, qui a tué plus de 150 personnes, dont des jeunes filles âgées de 7 à 15 ans. En Ukraine et en Russie, l’IA est également intégrée aux drones et robots militaires, tandis que la France prévoit de déployer en 2025 sa première unité de combat robotisée, Pendragon. Ces exemples illustrent une tendance mondiale à déléguer une partie des décisions militaires à des systèmes automatisés.
Selon Laure de Roucy-Rochegonde, directrice du Centre géopolitique des technologies à l’*Institut français des relations internationales* (Ifri), l’IA transforme la nature de la guerre en réduisant le discernement humain et en diluant la responsabilité des décisions. Elle estime que l’IA fait de l’humain un simple validateur de propositions automatisées. Les simulations d’affrontements entre IA dotées d’armes nucléaires montrent que ces systèmes utilisent l’arme de destruction ultime dans 95 % des cas, soulignant les dangers d’une automatisation totale. Le documentaire *Naza*, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, met en lumière ces enjeux en s’appuyant sur des révélations de médias comme *+972*, *Local Call* et *The Guardian*. Sa diffusion en France est limitée à 500 séances avant une mise en ligne gratuite en novembre 2025.

