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Économie

Philippe Meirieu et Djéhanne Gani : « Il faut moduler les dotations des établissements scolaires selon les difficultés sociales de leurs élèves »

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 4 h

Auteurs d’un manifeste pour l’école, Philippe Meirieu et Djéhanne Gani expliquent le mouvement lycéen par l’accroissement des inégalités et les effets de la réforme Blanquer. Ils proposent un « plan Marshall » pour l’éducation..

Contexte de la mobilisation

Le 29 septembre dernier, des élèves ont bloqué le lycée international Montebello, situé à Lille. Cet événement s'inscrit dans un mouvement plus large de contestation contre les conditions de travail et d'apprentissage dans certains établissements scolaires. Le lycée Montebello, comme d'autres, est confronté à des défis spécifiques liés à la diversité sociale de ses élèves. Cette mobilisation illustre les tensions existantes dans le système éducatif français, où les inégalités sociales se répercutent souvent sur les performances scolaires. Les établissements comme Montebello, situés dans des zones urbaines, accueillent des populations aux profils socio-économiques très variés, ce qui complexifie leur gestion pédagogique et financière.

Proposition des experts

Philippe Meirieu, pédagogue et professeur des universités, et Djéhanne Gani, experte en éducation, proposent une solution pour réduire les inégalités scolaires : moduler les dotations financières des établissements en fonction des difficultés sociales de leurs élèves. Selon eux, cette approche permettrait de mieux adapter les ressources aux besoins réels des écoles. Actuellement, les établissements reçoivent des financements principalement basés sur leur taille ou leur localisation géographique, sans tenir compte de la composition sociale de leur public. Cette proposition s'inspire de modèles existants dans d'autres pays, où des systèmes de péréquation (mécanisme de redistribution pour réduire les écarts) sont appliqués pour corriger les déséquilibres.

Inégalités scolaires et sociales

Les inégalités scolaires en France sont fortement corrélées aux inégalités sociales. Les élèves issus de milieux défavorisés ont, en moyenne, des résultats moins bons que ceux des milieux aisés, et ce dès le plus jeune âge. Cette réalité est documentée par de nombreuses études, dont celles de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) ou de l'INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques). Par exemple, en 2022, 30 % des élèves de 15 ans issus de milieux défavorisés étaient en difficulté en mathématiques, contre seulement 8 % des élèves favorisés. Ces écarts s'expliquent par des facteurs comme l'accès limité aux ressources culturelles, le manque de soutien scolaire à domicile ou des conditions de vie plus précaires.

Mécanisme de modulation des dotations

La modulation des dotations consiste à attribuer des financements supplémentaires aux établissements accueillant une proportion importante d'élèves en situation de précarité sociale. L'objectif est de compenser les désavantages liés à l'origine sociale des élèves. Par exemple, un établissement où 50 % des élèves bénéficient de la bourse au mérite (aide financière pour les élèves aux résultats scolaires satisfaisants mais issus de milieux modestes) pourrait recevoir une dotation majorée de 20 % par rapport à un établissement similaire mais avec une population plus favorisée. Ce mécanisme vise à réduire les écarts de moyens entre les écoles et à offrir des conditions d'apprentissage plus équitables.

Arguments pour la réforme

Meirieu et Gani avancent plusieurs arguments en faveur de cette réforme. D'abord, elle permettrait de mieux répondre aux besoins spécifiques des élèves en difficulté, en finançant par exemple des dispositifs d'accompagnement personnalisé, des ateliers de soutien ou des projets pédagogiques innovants. Ensuite, elle pourrait contribuer à réduire le décrochage scolaire (abandon des études avant l'obtention d'un diplôme), un phénomène particulièrement marqué dans les établissements défavorisés. Enfin, cette approche s'inscrit dans une logique de justice sociale, où l'école joue un rôle clé pour réduire les inégalités. Les experts soulignent que cette réforme ne doit pas être perçue comme une stigmatisation des établissements, mais comme une reconnaissance de leurs défis spécifiques.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses avantages, cette proposition soulève plusieurs questions. D'abord, comment définir précisément les critères de modulation des dotations ? Faut-il se baser sur le revenu des familles, le niveau scolaire des élèves ou d'autres indicateurs ? Ensuite, cette réforme pourrait être perçue comme une *discrimination positive* (mesure visant à favoriser un groupe défavorisé), ce qui suscite parfois des débats sur son équité. Enfin, son financement reste un enjeu majeur : dans un contexte de contraintes budgétaires, comment trouver les ressources nécessaires pour mettre en œuvre cette modulation sans réduire les dotations des autres établissements ? Les experts reconnaissent ces défis, mais insistent sur la nécessité d'expérimenter cette approche pour en évaluer l'efficacité.

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