EN DIRECT - Réunion du Conseil de sécurité sur Haïti
Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit, vendredi après-midi, pour faire le point sur la situation en Haïti. La couverture des discussions en direct est assurée par l'équipe de la Section de la Couverture des réunions des Nations Unies..
Dans la nuit du 23 au 24 août 2026, des gangs lourdement armés ont mené une attaque coordonnée dans la région de Kenscoff, située en périphérie de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Cette offensive a causé la mort d’au moins 47 personnes, blessé ou enlevé des dizaines d’autres, et provoqué des incendies dans des habitations. Les gangs ont également ciblé des civils fuyant les violences, notamment dans une église où plusieurs exécutions sommaires ont été rapportées. Cette attaque s’inscrit dans une série d’offensives menées depuis 2025 par ces groupes armés, qui étendent désormais leur influence au-delà de la capitale. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a qualifié cette violence de « dévastatrice et intolérable », soulignant que les Haïtiens en paient un coût humain dramatique.
L’attaque de Kenscoff a aggravé une crise humanitaire déjà alarmante en Haïti. Selon les Nations Unies, plus de 6,4 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Cette crise touche particulièrement les déplacés : plus de 2 600 personnes ont fui leur domicile à Kenscoff, souvent pour la deuxième ou troisième fois, portant à près de 1,5 million le nombre total de déplacés internes, dont 50 % sont des enfants. Les conditions de vie dans les sites de déplacement restent précaires, avec une surpopulation, un accès insuffisant à l’eau potable et à l’assainissement. Les violences liées aux gangs ont déjà fait 1 408 morts et 656 blessés entre avril et juin 2026, selon le BINUH.
Les enfants et les femmes sont les premières victimes de la spirale de violence en Haïti. Plus de 2,6 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire, et leur recrutement par des groupes armés a augmenté de près de 200 % en 2025. Les écoles, déjà fragilisées, subissent les conséquences : plus de 1 600 établissements restent fermés, privant 240 000 élèves de cours et affectant 7 500 enseignants. Les femmes et les filles sont également exposées à des violences sexuelles et sexistes : 5 500 incidents ont été recensés au premier semestre 2026, soit environ 30 cas par jour, dont 70 % impliquent des viols. Ces violences aggravent leur vulnérabilité et leur précarité.
La violence des gangs paralyse les services essentiels en Haïti. À Port-au-Prince, seulement 10 % des établissements de santé capables d’hospitaliser des patients restent opérationnels, dont un seul hôpital public. Les attaques contre les structures médicales, les ambulances et les restrictions de mouvement entravent l’accès aux soins pour la population. Les violences ont également perturbé la distribution de l’aide humanitaire, forçant les travailleurs à contourner les zones de conflit pour acheminer les secours. Cette situation aggrave la précarité des populations déjà touchées par la faim et le manque d’infrastructures.
Face à l’escalade de la violence, les autorités haïtiennes ont mobilisé la Police nationale, les Forces armées et la Force de répression des gangs (une mission internationale autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU pour neutraliser les groupes armés). Cette force doit renforcer sa présence autour de Port-au-Prince et à Kenscoff, tandis que les forces nationales augmentent leur déploiement. Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, a appelé à accélérer le déploiement complet de cette mission. Cependant, il a souligné que les opérations militaires seules ne suffiront pas : elles doivent s’accompagner du rétablissement de l’autorité de l’État et des services publics.
L’ONU insiste sur la nécessité de briser le cycle de l’impunité pour mettre fin à la violence des gangs. Les auteurs des attaques, ainsi que leurs financeurs et complices, doivent être poursuivis. Des enquêtes doivent être ouvertes rapidement sur les crimes de masse, les violences sexuelles et les crimes financiers liés à ces groupes. Trois priorités ont été identifiées : stopper la violence, financer durablement l’aide humanitaire et s’attaquer aux causes structurelles de la crise, notamment en rétablissant la sécurité, la stabilité politique et l’accès aux services essentiels. Le *Sous-Secrétaire général par intérim aux affaires humanitaires* a rappelé que le peuple haïtien mérite « sécurité, opportunités et espoir d’un avenir meilleur », et non une simple survie.

