Renault et Stellantis traînent des pieds pour le leasing social, et ce n’est pas sans raison
Le gouvernement veut des voitures électriques à moins de 150 € par mois. Les constructeurs, eux, ont quelques objections.
Le leasing social est une formule de location longue durée de véhicules électriques ou thermiques, proposée à des tarifs très réduits pour les ménages modestes. En France, ce dispositif a été lancé en 2023 dans le cadre du plan France 2030, avec un objectif initial de 50 000 véhicules loués à 100 € par mois maximum. Le gouvernement souhaite ainsi accélérer la transition écologique tout en facilitant l’accès à la mobilité pour les ménages les moins aisés. Cependant, malgré cet engagement, les deux principaux constructeurs automobiles français, Renault et Stellantis (qui regroupe Peugeot, Citroën, Opel et Fiat en Europe), ne montrent pas d’enthousiasme marqué pour ce projet.
Renault et Stellantis, leaders du marché automobile français, adoptent une attitude prudente, voire réticente, face au leasing social. Cette réserve s’explique principalement par des raisons économiques et stratégiques. Les constructeurs craignent que les marges déjà faibles sur ces véhicules, vendus ou loués à prix réduit, ne soient encore davantage compressées. Par ailleurs, le modèle économique du leasing repose sur des revenus réguliers sur plusieurs années, mais les tarifs imposés par l’État (100 €/mois maximum) pourraient rendre le dispositif peu rentable. Stellantis a même évoqué des pertes potentielles de plusieurs centaines de millions d’euros si le programme était déployé à grande échelle sans ajustements.
Plutôt que de s’aligner strictement sur les conditions du leasing social imposées par l’État, Renault et Stellantis proposent des alternatives jugées plus viables. Renault mise sur son offre Renault Mobility, un service de mobilité incluant la location de véhicules électriques à des tarifs variables selon les revenus, mais sans plafond aussi strict que celui du dispositif gouvernemental. Stellantis, de son côté, développe des solutions similaires via sa filiale Free2Move, avec des abonnements modulables. Ces propositions visent à concilier accessibilité et rentabilité, tout en évitant de subir des pertes financières importantes.
L’État français, qui finance en partie le leasing social via des subventions, prend un risque financier en imposant des tarifs aussi bas. Les constructeurs estiment que les 50 000 véhicules initialement prévus pourraient coûter jusqu’à 1,5 milliard d’euros sur trois ans, une somme qui pourrait augmenter si la demande dépasse les prévisions. Par ailleurs, si les constructeurs ne s’engagent pas pleinement, l’État pourrait devoir assumer seul le coût de la transition écologique pour les ménages modestes, ce qui remettrait en cause l’efficacité du dispositif. Une situation qui place le gouvernement dans une position délicate entre écologie et équilibre budgétaire.
Le *leasing social* s’inscrit dans une logique plus large de transition écologique et sociale en France. L’objectif est double : réduire les émissions de CO₂ en encourageant l’achat de véhicules moins polluants, et lutter contre la précarité énergétique en facilitant l’accès à la mobilité. Cependant, le succès de ce dispositif dépend largement de l’implication des constructeurs automobiles, qui détiennent les clés de la production et de la distribution. Sans leur coopération, l’État pourrait devoir revoir ses ambitions à la baisse, ou trouver des solutions alternatives pour atteindre ses objectifs climatiques d’ici 2030.

