Démocratie ou régime illibéral ? Israël jouera son avenir aux prochaines législatives
Si Benyamin Nétanyahou et ses alliés d’extrême droite et ultraorthodoxes venaient à remporter le scrutin prévu le 27 octobre, ils devraient poursuivre la transformation de l’État hébreu en une théocratie illibérale, estime un chroniqueur israélien dans le magazine “Foreign Policy”. Une victoire de l’opposition autour de Gadi Eisenkot pourrait empêcher cela, même si elle tient aussi une ligne dure sur la sécurité..
Israël organise des élections législatives le 27 octobre 2025, présentées comme les plus décisives de son histoire. Contrairement aux scrutins précédents, l’enjeu principal ne porte pas sur les relations avec les pays voisins ou le conflit israélo-palestinien, mais sur le modèle politique que le pays adoptera. Il s’agit de déterminer si Israël conservera son statut de démocratie libérale, tel qu’imaginé par ses fondateurs en 1948, ou s’il basculera vers un régime dit illibéral, marqué par une forte influence de la religion juive et des restrictions des libertés individuelles. Un régime illibéral se caractérise par des élections régulières mais où les contre-pouvoirs, comme la justice ou les médias, sont affaiblis, et où les droits des minorités peuvent être limités au profit d’une majorité politique ou religieuse.
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a opéré un virage à droite en 2022 en formant une coalition gouvernementale avec des partis d’extrême droite et des groupes ultraorthodoxes, appelés haredim (les « craignant-Dieu » en hébreu). Ces alliés représentent une frange de la société israélienne attachée à une interprétation stricte des textes religieux juifs. Depuis 2022, cette coalition a mis en œuvre deux priorités politiques majeures. D’une part, elle cherche à réduire l’indépendance de la justice pour renforcer le pouvoir des élus, une stratégie courante dans les régimes illibéraux. D’autre part, elle vise à accroître l’influence de la religion juive dans l’espace public et à soutenir financièrement, juridiquement et moralement les colons israéliens installés en Cisjordanie, une région palestinienne occupée depuis 1967.
Les réformes portées par Nétanyahou et ses alliés depuis 2022 soulèvent des inquiétudes quant à la santé démocratique d’Israël. Parmi les mesures controversées, on trouve des projets de loi visant à limiter l’autonomie de la Cour suprême, une institution clé pour protéger les droits des citoyens et équilibrer le pouvoir exécutif. Ces réformes s’inscrivent dans une tendance observée dans d’autres pays, où des gouvernements réduisent les contre-pouvoirs pour consolider leur autorité. Parallèlement, le gouvernement a renforcé son soutien aux colons de Cisjordanie, une population juive en expansion qui vit dans des colonies souvent considérées comme illégales au regard du droit international. Ce soutien inclut des aides financières et des protections juridiques accrues, ce qui alimente les tensions avec la population palestinienne locale.
Benyamin Nétanyahou a dirigé Israël pendant douze ans avant 2022, principalement à la tête de gouvernements centristes. Son retour au pouvoir en 2022, puis son maintien en 2025, s’accompagne d’un alignement avec des forces politiques radicales, ce qui contraste avec les gouvernements précédents. Cette évolution reflète un clivage croissant au sein de la société israélienne entre, d’un côté, ceux qui défendent une démocratie libérale et laïque et, de l’autre, ceux qui prônent un État plus religieux et nationaliste. Les élections de 2025 seront donc un test pour savoir si la majorité des Israéliens soutiennent cette orientation ou si elle sera remise en question.

