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Géopolitique

Les 80 ans du bikini, la “première bombe anatomique”

Courrier International · mis à jour il y a 21 j

Sur les plages bondées, difficile de le manquer : le bikini est un incontournable de l’été. À l’occasion des 80 ans du maillot de bain, la journaliste Julia Werner retrace son histoire mouvementée, dans les colonnes du quotidien allemand “Süddeutsche Zeitung”..

Naissance du bikini

Le 5 juillet 1946, à la piscine Molitor à Paris, le bikini est présenté pour la première fois au public. Ce maillot de bain deux-pièces, composé de quatre triangles de tissu (deux pour le haut et deux pour le bas), est créé par Louis Réard, un ingénieur devenu gérant de la boutique de sous-vêtements de sa mère après la Seconde Guerre mondiale. Pour marquer son lancement, Réard choisit comme égérie Micheline Bernardini, une danseuse du Casino de Paris, qui porte un bikini à motif de papier journal. Le slogan de Réard, « Le bikini, la première bombe anatomique », fait référence aux essais nucléaires américains de l'époque, soulignant l'impact radical de cette innovation sur les normes vestimentaires. À l'origine, le projet est si médiatique qu'il devient lui-même une information majeure.

Réactions et controverses

Dès son apparition, le bikini suscite des réactions contrastées. Les femmes qui le portent s'exposent à des critiques et des risques variés : regards masculins insistants, exposition aux vagues de l'Atlantique, coups de soleil, ou encore cystites. Dans les pays catholiques méditerranéens, des tentatives d'interdiction sont rapidement mises en place. En 1962, le bikini gagne en visibilité grâce à l'actrice Ursula Andress, qui le porte dans le film James Bond 007 contre Dr No, associant dès lors ce maillot à une image de sensualité. Cependant, Julia Werner, journaliste du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, souligne que le bikini reste un outil du patriarcat pour évaluer la féminité, notamment à travers les standards de beauté promus par les magazines féminins des années 1990, qui incitaient les femmes à adopter des silhouettes ultra-minces pour l'été.

Évolution des normes

Dans les années 2000, l'industrie de la mode opère une distinction entre les mannequins minces, réservés aux podiums internationaux, et les femmes aux courbes, cantonnées aux publicités pour maillots de bain. Cette division reflète une hiérarchie des corps où la minceur est valorisée. Cependant, avec l'émergence du body positivisme (mouvement promouvant l'acceptation de tous les types de corps), cette réalité évolue. Julia Werner note que des stars et influenceuses obèses ont progressivement abandonné cette approche, notamment avec l'arrivée sur le marché de médicaments comme l'Ozempic, un analogue du GLP-1 utilisé pour la perte de poids. Aujourd'hui, le bikini n'est plus perçu comme un moyen d'atteindre un corps « parfait », mais plutôt comme un vêtement permettant de mettre en valeur un corps déjà « optimisé » toute l'année, grâce à une alimentation riche en protéines et à un entraînement musculaire régulier.

Le bikini aujourd'hui

De nos jours, le bikini est porté par des femmes de toutes morphologies, reflétant une plus grande diversité corporelle. Julia Werner souligne que cette évolution s'accompagne d'une remise en question des standards de beauté traditionnels. Elle ironise sur l'idée que, dans ce contexte, un simple tee-shirt anti-UV (vêtement bloquant 98 % des rayons UV) pourrait tout aussi bien convenir, éliminant ainsi le besoin de crème solaire, de risques de vieillissement cutané ou de cancers de la peau. Ce vêtement offre également la possibilité de pratiquer des activités comme le yoga sur la plage ou de méditer, tout en préservant une peau saine. L'essentiel, selon la journaliste, reste de permettre à chacun de profiter de l'eau salée sans contrainte excessive.

Ce que ça pourrait changer

Julia Werner conclut en rappelant que, quel que soit le choix vestimentaire, l'objectif premier est de profiter pleinement de l'été. Elle insiste sur l'idée que « tout le monde mérite de flotter dans l'eau salée », soulignant ainsi l'importance de l'inclusivité et du bien-être, indépendamment des normes esthétiques imposées. Ce message invite à une réflexion sur la liberté de choix et le droit au plaisir, sans jugement ni pression sociale.

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