La Guerre d’Espagne, une guerre civile européenne 9/11 : Les interventions étrangères pendant la guerre civile : le rôle de l'URSS aux côtés des républicains
Quelle fut la véritable nature de l'intervention de l'URSS au côté des républicains durant la Guerre d'Espagne ? Eléments de réponse dans ce troisième volet de la série qu'en 1986 Carlos Semprun Maura et Philippe Ganier-Raymond consacrent à ce conflit..
La Guerre d'Espagne (1936-1939) oppose les républicains, défenseurs du gouvernement légitime, aux nationalistes menés par le général Franco. Ce conflit prend une dimension internationale car des puissances étrangères interviennent directement. L'Allemagne nazie et l'Italie fasciste soutiennent les nationalistes en leur fournissant armes, avions et conseillers militaires. Face à cette alliance, l'Union soviétique (URSS) de Staline est le seul État à apporter un soutien massif aux républicains. Cette intervention soviétique est souvent présentée comme une aide idéologique, mais elle répond aussi à des intérêts politiques et stratégiques. L'URSS cherche à contrer l'expansion des régimes fascistes en Europe tout en imposant son influence sur le camp républicain.
L'intervention de l'URSS dans la Guerre d'Espagne ne se limite pas à une aide militaire ou humanitaire. Moscou utilise son soutien comme un levier pour contrôler la politique du camp républicain. L'URSS devient le principal fournisseur d'armes et de matériel pour les républicains, ce qui lui donne un poids décisif dans les décisions stratégiques. Cependant, cette aide s'accompagne de conditions politiques strictes. Staline impose une ligne idéologique alignée sur les intérêts soviétiques, notamment la lutte contre les mouvements révolutionnaires espagnols jugés trop indépendants ou antistaliniens. L'objectif est double : soutenir les républicains contre Franco tout en neutralisant les forces révolutionnaires internes, perçues comme une menace pour la stabilité du communisme soviétique.
Les Brigades internationales sont des unités de volontaires étrangers, souvent communistes, venus de plus de 50 pays pour combattre aux côtés des républicains. Environ 35 000 volontaires, dont des Français, des Allemands antifascistes ou des Américains, s'engagent dans ces brigades entre 1936 et 1938. Leur motivation est à la fois idéologique (combattre le fascisme) et humaniste (soutenir la démocratie espagnole). Cependant, leur rôle est progressivement marginalisé par l'URSS, qui cherche à centraliser le commandement militaire et politique. Les Brigades internationales sont dissoutes en 1938, officiellement pour des raisons stratégiques, mais aussi parce qu'elles échappent au contrôle soviétique. Leur engagement reste un symbole de la solidarité antifasciste internationale.
L'un des aspects les plus controversés de l'intervention soviétique est la répression des mouvements révolutionnaires espagnols, notamment le POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) et la CNT (Confédération Nationale du Travail, organisation anarcho-syndicaliste). Ces groupes, qui portaient une révolution sociale radicale à Madrid et Barcelone, sont accusés par Staline de trahir la cause républicaine. À partir de 1937, une campagne de calomnies est lancée contre eux, les présentant comme des « agents de Franco ». Cette répression culmine avec l'assassinat d'Andrés Nin, leader du POUM, en juin 1937. Les services secrets soviétiques, dirigés par des figures comme Alexander Orlov, sont impliqués dans ces opérations. Jorge Semprun, écrivain et ancien membre du PCE (Parti Communiste Espagnol), souligne que cette répression a été rendue possible par l'influence croissante du Parti communiste espagnol, soutenu par l'URSS.
L'intervention soviétique transforme profondément la dynamique politique du camp républicain. En imposant son contrôle, l'URSS affaiblit les forces révolutionnaires et favorise une ligne plus modérée, alignée sur les intérêts de Moscou. Cette stratégie divise les républicains et affaiblit leur cohésion face aux nationalistes. Par ailleurs, l'aide soviétique, bien que cruciale sur le plan militaire, est conditionnée à des concessions politiques. Les livraisons d'armes s'accompagnent de pressions pour éliminer les opposants au stalinisme. Cette politique contribue à la défaite finale des républicains en 1939, alors que Franco, soutenu par l'Allemagne et l'Italie, sort renforcé. L'épisode illustre les tensions entre idéaux révolutionnaires et réalpolitik dans les conflits du XXe siècle.

