Elections législatives 2026 au Maroc : Ce qu'il faut savoir. Par Mehdi Farjani, Elève-Avocat.
(Ailleurs dans le Monde) Les élections législatives marocaines ont rendu leur verdict avec l'arrivée en tête du Parti authenticité et modernité (PAM) : 97 sièges sur 395, dans un scrutin marqué par une participation d'environ 38 %. Ainsi, les yeux seront rivés sur les séquences suivantes encadrées par la Constitution de 2011 : nomination du chef du gouvernement, négociation d'une coalition gouvernementale, nomination du gouvernement, vote de confiance à la Chambre des représentants et, en parallèle, contentieux électoral devant la Cour constitutionnelle.
Les élections législatives de 2026 au Maroc ont abouti à une répartition des 395 sièges de la Chambre des représentants entre plusieurs partis politiques. Le Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) arrive en tête avec 97 sièges, suivi du Rassemblement national des indépendants (RNI) avec 66 sièges, de l’Istiqlal (65 sièges) et du Parti de la Justice et du Développement (PJD) (54 sièges). Le Mouvement Populaire (MP) obtient 29 sièges, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) 26 sièges, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) 19 sièges et l’Union Constitutionnelle (UC) 17 sièges. Les 22 sièges restants sont répartis entre six autres formations. Ces résultats marquent un bouleversement par rapport à 2021, où le RNI était en tête avec 102 sièges et le PJD n’avait que 13 sièges. Le mode de scrutin utilisé, basé sur la représentation proportionnelle à un tour avec listes bloquées, favorise une dispersion des sièges et limite l’avantage des grands partis.
Le scrutin législatif marocain fonctionne selon un système de représentation proportionnelle à un tour avec des listes bloquées, ce qui signifie que les électeurs votent pour une liste entière sans pouvoir modifier l’ordre des candidats. Les 395 sièges sont répartis entre 92 circonscriptions locales (305 sièges) et 12 circonscriptions régionales (90 sièges). Le quotient électoral est calculé sur la base des électeurs inscrits et non des votants, ce qui peut avantager les petits partis lorsque la participation est faible. Une nouveauté de 2026 est que les listes régionales sont désormais réservées aux seules candidates. Ce système tend à disperser les sièges et à réduire l’influence des partis dominants. La participation a atteint 38,02 %, soit environ 6 millions de votants sur 15,8 millions d’inscrits, le niveau le plus bas depuis 2007.
Selon l’article 47 de la Constitution marocaine, le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections législatives. Pour les élections de 2026, le PAM, qui a obtenu 97 sièges, est donc le seul parti éligible pour cette nomination. Le Roi conserve cependant une liberté dans le choix de la personne, qui n’est pas obligatoirement le secrétaire général du parti ou un député élu. Aucun délai n’est imposé pour cette nomination, mais la pratique montre qu’elle peut intervenir rapidement, comme en 2016 ou 2021. Une fois nommé, le Chef du Gouvernement doit former une majorité et proposer au Roi la composition du nouveau gouvernement. Jusqu’à cette formation, le gouvernement sortant assure les affaires courantes.
Pour obtenir la confiance de la Chambre des représentants, un gouvernement doit obtenir la majorité absolue, soit 198 voix sur 395 sièges. Avec seulement 97 sièges, le PAM devra donc s’allier avec d’autres partis pour atteindre ce seuil. Trois configurations de coalition sont possibles : une reconduction de la majorité sortante (PAM, RNI, Istiqlal) avec 228 sièges, une majorité sans le RNI (PAM, Istiqlal, MP, USFP) avec 217 sièges, ou une majorité sans l’Istiqlal (PAM, RNI, MP, UC) avec 209 sièges. Le PJD, avec 54 sièges, a choisi de siéger dans l’opposition et ne participera donc pas à ces coalitions. L’article 47 de la Constitution précise que si une personnalité échoue à former une coalition, le Roi peut en désigner une autre au sein du même parti, comme cela s’est produit en 2016-2017.
Un défi immédiat pour le futur gouvernement sera le dépôt du projet de loi de finances pour 2027, qui doit intervenir au plus tard le 20 octobre. Ce texte, préparé par la majorité sortante, devra être porté par un gouvernement nouvellement investi dans un délai très court. Les arbitrages sectoriels, c’est-à-dire les décisions budgétaires par domaine (éducation, santé, infrastructures, etc.), seront déterminés par les accords de coalition. Ces négociations pourraient être complexes, car elles impliquent des compromis entre les partis alliés. Le Maroc, comme d’autres pays, doit également gérer les conséquences économiques de cette transition politique, notamment en matière de stabilité des dépenses publiques et de réformes structurelles.
Les partis politiques marocains doivent désormais gérer deux fronts simultanément. D’une part, ils doivent négocier des accords de majorité pour former un gouvernement stable, un processus qui peut prendre plusieurs semaines ou mois, comme l’a montré le précédent de 2016-2017. D’autre part, ils doivent gérer le **contentieux électoral**, c’est-à-dire les recours éventuels contre les résultats des élections. Ces recours peuvent concerner des irrégularités dans le déroulement du scrutin ou des contestations sur la répartition des sièges. Pour les petits partis, ces défis s’ajoutent à la nécessité de maintenir leur influence dans un paysage politique marqué par une forte abstention (38,02 %) et une fragmentation des sièges.

