Héritons-nous des traumatismes de nos parents ? Pas exactement
La biologie transmet des possibilités, mais les gènes ne déterminent pas le destin. Olha Tsiplyar/Shutterstock (no reuse) L’ESSENTIEL Selon une idée reçue, les traumatismes pourraient « se transmettre » au sein des familles, d’une génération à une autre.
L’idée selon laquelle les traumatismes des parents se transmettent directement à leurs enfants, comme un héritage de souvenirs ou d’émotions, est largement répandue. Pourtant, les neurosciences n’ont pas validé cette hypothèse. Aucune étude ne démontre que nous héritons de souvenirs précis de guerres, d’agressions ou de pertes vécues par nos ancêtres. En revanche, la science explore des mécanismes biologiques et environnementaux qui pourraient expliquer une sensibilité accrue au stress ou à la peur. Ces mécanismes incluent l’épigénétique (modifications de l’activité des gènes sans altérer l’ADN) et des facteurs liés à la grossesse. Cependant, leur rôle chez l’humain reste débattu, car les preuves sont encore limitées et souvent indirectes.
Lorsqu’une personne subit un traumatisme, son cerveau peut présenter des altérations dans des régions spécifiques. L’amygdale, par exemple, est impliquée dans la détection des menaces, tandis que le cortex préfrontal régule les émotions et supprime les réactions de peur inutiles. L’hippocampe, quant à lui, aide à replacer les souvenirs dans leur contexte. Ces zones font partie de réseaux cérébraux complexes, comme ceux de la saillance (détection des stimuli pertinents) ou du contrôle exécutif (gestion des émotions). Cependant, il n’existe pas de signature cérébrale unique du traumatisme : les résultats varient selon les individus et les études. Ces modifications cérébrales concernent uniquement la personne ayant vécu l’événement, et non ses descendants.
Les enfants apprennent à identifier les situations dangereuses ou sûres en observant leurs parents. Par exemple, si un parent réagit avec peur face à un objet ou une situation, un bébé peut développer une crainte similaire, bien que les effets observés soient généralement faibles à modérés. Cette transmission se fait par imitation et par expérience, sans que cela implique un héritage biologique direct. Les enfants ne développeront pas forcément un trouble, car d’autres facteurs entrent en jeu : leur tempérament, le soutien social, les expériences ultérieures ou leur capacité à s’adapter. Ainsi, l’environnement familial joue un rôle clé dans la gestion des émotions.
Un stress intense pendant la grossesse peut modifier les niveaux d’hormones, provoquer une inflammation et perturber le fonctionnement du placenta. Ces changements affectent l’environnement dans lequel le cerveau du fœtus se développe, ce qui peut influencer sa connectivité cérébrale, sa régulation émotionnelle et sa réponse au stress. Cependant, il est difficile de distinguer l’impact du stress d’autres facteurs comme la santé de la mère, la pauvreté ou la nutrition. Les effets observés chez l’humain varient, et il n’est pas possible d’affirmer qu’un signal biologique se transmet directement d’une génération à l’autre sans exposition directe.
L’épigénétique étudie les mécanismes qui régulent l’activité des gènes sans modifier leur séquence, comme la méthylation. Des études sur des animaux montrent que certains signaux environnementaux, comme un traumatisme, peuvent affecter la descendance via les gamètes (spermatozoïdes ou ovules). Chez l’humain, cette transmission est plus complexe, car de nombreux facteurs (génétique, culture, éducation) interfèrent. Une étude publiée en 2025 a identifié des profils de méthylation associés à l’exposition à la violence chez 131 membres de trois générations de familles syriennes. Cependant, ces résultats ne prouvent pas un héritage direct du traumatisme, car les marques épigénétiques peuvent être une conséquence ou un simple indicateur d’exposition.
Nous n’héritons pas des souvenirs traumatiques de nos ancêtres, mais nous pouvons recevoir des gènes influençant notre sensibilité au stress, notamment si notre mère a connu une grossesse difficile ou si nous avons grandi dans un environnement de détresse. La biologie transmet des *possibilités* plutôt que des certitudes. Par exemple, une prédisposition génétique peut augmenter le risque de développer une sensibilité accrue au stress, mais cela ne condamne pas à un destin tracé. D’autres facteurs, comme l’accès à des thérapies efficaces ou à de meilleures conditions de vie, peuvent modifier ces circuits cérébraux. Comme le souligne un article de *The Conversation*, les gènes ne déterminent pas le destin.

