La probabilité des feux de forêt a doublé aux T.N.-O. et en Ontario
Une étude estime que les changements climatiques favorisent ces conditions extrêmes..
Les feux de forêt qui ont touché les Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) et l’Ontario en 2026 ont désormais deux fois plus de risques de se reproduire à cause des changements climatiques causés par les activités humaines. Cette conclusion provient d’une étude menée par le réseau de climatologues World Weather Attribution, associé à l’Imperial College de Londres. Pour évaluer cette probabilité, les chercheurs ont utilisé des modèles climatologiques analysant les conditions météorologiques extrêmes favorisant les incendies. Deux indices ont été employés : l’Indice Forêt-Météo (IFM), qui mesure l’intensité potentielle d’un feu, et l’Indice journalier de sévérité (IJS), qui évalue la difficulté à contrôler un incendie. Une analyse des précipitations sur les 24 derniers mois a aussi été réalisée pour étudier les périodes de sécheresse. Dans un monde sans réchauffement climatique comparable à l’ère préindustrielle, ces conditions extrêmes n’apparaîtraient qu’une fois tous les 40 ans, contre tous les 2 à 6 ans pour les T.N.-O. et tous les 6 à 15 ans pour l’Ontario aujourd’hui.
Les T.N.-O. ont subi une sécheresse pluriannuelle, aggravant les risques d’incendie et forçant l’évacuation de communautés comme Wrigley et Fort Simpson. En Ontario, les conditions sont devenues extrêmes en très peu de temps : entre le 11 et le 14 juillet 2026, les températures y étaient de 9,9 °C supérieures aux normales saisonnières. Ces vagues de chaleur et de sécheresse créent un environnement idéal pour l’éclosion rapide de feux de forêt. Les chercheurs soulignent que ces phénomènes ne sont pas isolés : en 2026, 4 000 feux ont déjà ravagé 3,8 millions d’hectares au Canada, dont 200 feux actifs dans les T.N.-O. et 160 en Ontario. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise et la difficulté à maîtriser les incendies dans des régions éloignées et peu accessibles.
Les communautés autochtones sont particulièrement touchées par les feux de forêt, car elles vivent souvent dans des zones isolées et difficiles d’accès. Les évacuations sont rendues complexes par l’éloignement géographique et les moyens de transport limités. Par exemple, des Nations autochtones du Nord-Ouest ontarien réclament une enquête publique sur la gestion des incendies et des évacuations après avoir été gravement affectées. Les déplacements répétés des populations exposent aussi les habitants à des risques sanitaires, notamment en raison de la fumée des feux, qui s’étend bien au-delà des zones brûlées. Cette fumée est désormais considérée comme l’une des plus grandes menaces pour la santé publique, augmentant les hospitalisations pour asthme, maladies pulmonaires chroniques ou crises cardiaques, comme le souligne Courtney Howard, médecin urgentologue à Yellowknife.
La fumée des feux de forêt représente un danger majeur pour la santé, même à des centaines de kilomètres des incendies. Elle transporte des particules fines et des polluants qui aggravent les problèmes respiratoires et cardiovasculaires. À Yellowknife, les admissions en salle d’urgence ont augmenté en raison de cette pollution, mettant en lumière un enjeu de santé publique souvent sous-estimé. Les scientifiques rappellent que ces effets ne se limitent pas aux régions touchées directement : la fumée traverse les frontières, affectant des populations éloignées des brasiers. Cette situation souligne l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l’intensité et la fréquence des feux de forêt.
Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité d’agir rapidement pour réduire la dépendance aux *combustibles fossiles* (charbon, pétrole, gaz), principaux responsables du réchauffement climatique. Theodore Keeping, chercheur associé à l’*Imperial College* et coauteur de l’étude, alerte : *S’adapter seulement à ces conditions extrêmes n’est plus suffisant*. Il faut aussi mieux préparer les populations aux risques d’incendie en diffusant des messages clairs et non contradictoires lors des évacuations. Jonathan Boucher, chercheur à *Ressources naturelles Canada*, ajoute que la préparation des communautés est tout aussi cruciale que la lutte contre le changement climatique. À l’international, Simon Stiell, secrétaire exécutif de la *Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques*, a soutenu les résultats de l’étude, rappelant que la science confirme les impacts concrets des activités humaines sur l’environnement.

