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Culture

Orgasme : un plaisir caché dans l'histoire des sciences

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 j

Les tabous sur la recherche scientifique de l’orgasme se lèvent progressivement depuis le XXe. Objet d’étude total, des sciences humaines et sociales, jusqu’aux sciences du vivant et de l'esprit, l’étude de l’orgasme nous éclaire sur la structuration des premières sociétés humaines monogames..

L'orgasme, un sujet tabou

L’orgasme, bien qu’universel, a longtemps été négligé par la recherche scientifique en raison de tabous sociaux et moraux. Considéré comme trop intime ou complexe, il a échappé aux radars des scientifiques pendant des siècles. Même au XXe siècle, où les études sur le sujet ont commencé à émerger, l’orgasme a souvent été abordé avec méfiance, au point de nuire à la crédibilité des chercheurs qui s’y intéressaient. Ce silence reflète une construction historique de l’ignorance, où les disciplines scientifiques ont parfois refusé de collaborer pour étudier un phénomène aussi transversal. Par exemple, en 1765, Denis Diderot évoquait déjà la jouissance dans l’Encyclopédie, mais sans analyse scientifique approfondie.

Un phénomène universel et complexe

L’orgasme est un phénomène partagé par tous les êtres humains, mais sa définition reste floue et son étude difficile. Il implique des mécanismes biologiques, psychologiques et culturels, ce qui le rend complexe à analyser pour une seule discipline. Les sciences humaines et sociales, comme l’anthropologie, l’étudient sous l’angle des comportements et des normes sociales, tandis que les sciences du vivant explorent ses aspects physiologiques. Enguerran Macia, anthropologue bio-culturel et directeur de recherche au CNRS, souligne que cette approche pluridisciplinaire est essentielle pour comprendre pleinement l’orgasme. Pourtant, les disciplines peinent encore à dialoguer entre elles.

Les origines du silence scientifique

Le silence autour de l’orgasme dans l’histoire des sciences s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la morale et les normes sociales ont longtemps considéré ce sujet comme inconvenant, voire immoral, ce qui a découragé les chercheurs. Ensuite, la complexité du phénomène, à la croisée de la biologie, de la psychologie et de la sociologie, a rendu son étude ardue. Enfin, les disciplines scientifiques ont souvent travaillé en silos, sans échanger leurs connaissances, ce qui a limité les avancées. Ce manque de collaboration a contribué à maintenir l’orgasme dans l’angle mort de la recherche, malgré son universalité.

L'orgasme et les sociétés monogames

L’étude de l’orgasme éclaire la structuration des premières sociétés humaines monogames. Enguerran Macia, dans ses travaux, suggère que l’orgasme a pu jouer un rôle dans la formation de ces sociétés, en renforçant les liens entre partenaires. Cette hypothèse s’appuie sur des observations anthropologiques et biologiques, montrant comment un phénomène physiologique pourrait influencer des comportements sociaux à grande échelle. Cependant, ces théories restent en cours de validation et nécessitent des recherches supplémentaires pour être confirmées.

Un chercheur pionnier : Enguerran Macia

Enguerran Macia est un anthropologue bio-culturel, directeur de recherche au CNRS, spécialisé dans l’étude de l’orgasme. Il travaille au laboratoire ADES (Anthropologie Bio-Culturelle, droit, éthique et santé) et a publié en 2026 un ouvrage intitulé Anthropologie de l’orgasme aux éditions La Découverte. Ses travaux visent à combler le vide scientifique autour de ce sujet en adoptant une approche pluridisciplinaire, mêlant anthropologie, biologie et éthique. Macia cherche à comprendre comment l’orgasme, en tant que phénomène à la fois biologique et culturel, a façonné les sociétés humaines.

Ce que ça pourrait changer

Étudier l’orgasme présente plusieurs défis majeurs pour les chercheurs. D’abord, il est difficile de mesurer objectivement un phénomène aussi subjectif et intime. Ensuite, les biais culturels et personnels des scientifiques peuvent influencer leurs interprétations. Enfin, l’absence de collaboration entre disciplines limite la portée des recherches. Malgré ces obstacles, des avancées récentes montrent une ouverture progressive des sciences sur ce sujet, mais le chemin reste long pour une compréhension complète. Les travaux de Macia illustrent cette volonté de briser les silos disciplinaires.

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