La Norvège en a marre d’être « la batterie verte » : quoi qu’en dise l’UE, le forage de pétrole et de gaz en Arctique va continuer
Déterminée à maintenir ses exportations d’hydrocarbures, la Norvège s'apprête à forer massivement en mer de Barents, quitte à braver l'Union européenne. La protection de l’environnement n’est visiblement pas une priorité….
La Norvège refuse désormais d’être considérée comme la « batterie verte » de l’Europe, un rôle qui lui était attribué en raison de son abondant réseau de barrages hydroélectriques. Ces infrastructures permettaient jusqu’ici à la Norvège d’exporter de l’électricité renouvelable vers d’autres pays européens via des câbles sous-marins, compensant ainsi les intermittences des énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire. Cependant, le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, qualifie cette vision d’« erronée ». Selon lui, cette dépendance expose les ménages et entreprises norvégiens aux fluctuations des prix de l’énergie en Europe. Oslo a donc décidé de ne plus construire de nouvelles lignes électriques vers l’UE, affirmant que cette stratégie protège son économie locale. Le pays invite l’Union européenne à renforcer la stabilité de son propre réseau électrique plutôt que de compter sur la Norvège comme variable d’ajustement.
Malgré les pressions de l’Union européenne (UE) pour un moratoire sur l’extraction de pétrole et de gaz en Arctique, la Norvège a annoncé qu’elle poursuivrait ses forages en mer de Barents. Ce choix s’explique par des impératifs de sécurité énergétique : le pays est le premier fournisseur de gaz de l’Europe, avec près de 30 % des approvisionnements de l’UE et du Royaume-Uni. Pour maintenir sa production jusqu’en 2035, la Norvège a approuvé la réouverture de trois champs gaziers fermés depuis 1998 et ouvert 70 nouveaux blocs d’exploration. En cas de refus d’achat par l’UE, ces ressources seront exportées vers d’autres continents. Le gouvernement norvégien justifie cette décision par la souveraineté nationale, la création d’emplois dans des régions stratégiques frontalières avec la Russie, et l’argument que ses zones arctiques sont libres de glace, limitant les risques de marée noire.
Les forages en mer de Barents présentent des risques environnementaux majeurs. Les prospections sismiques, réalisées par détonations acoustiques, perturbent gravement les mammifères marins en altérant leur orientation, leur communication et leurs cycles de reproduction. De plus, les rejets d’eau de production usée, contenant des métaux lourds et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), s’accumulent dans l’écosystème marin. Dans les eaux froides de l’Arctique, la dégradation naturelle du pétrole est extrêmement lente, ce qui rend toute marée noire particulièrement difficile à gérer. Les conditions climatiques extrêmes, comme les tempêtes hivernales et l’obscurité prolongée, ainsi que l’éloignement des infrastructures de secours, compliquent davantage les opérations de confinement en cas d’accident. Ces risques contredisent les objectifs climatiques fixés par le GIEC et les ONG environnementales, qui soulignent l’urgence de limiter l’extraction d’hydrocarbures dans ces écosystèmes fragiles.
La stratégie énergétique de la Norvège repose sur deux piliers : la protection de son marché intérieur et le maintien de sa position de leader dans l’exportation d’hydrocarbures. En refusant de construire de nouvelles lignes électriques vers l’Europe, le pays cherche à éviter que ses citoyens ne subissent les hausses de prix liées à l’interconnexion des réseaux. Parallèlement, en intensifiant les forages en mer de Barents, la Norvège garantit sa sécurité énergétique et préserve des emplois dans des régions isolées. Cette approche reflète une volonté de souveraineté, notamment face aux tensions géopolitiques avec la Russie, dont les frontières sont proches des zones de forage. Le gouvernement norvégien mise sur des arguments économiques et stratégiques pour justifier ses choix, malgré les critiques environnementales de l’UE et des organisations internationales.

