LexisNexis revendique le leadership de l'IA juridique de confiance et officialise son rapprochement avec Doctrine.
À travers une étude inédite réalisée avec OpinionWay, le lancement de la nouvelle version de Lexis+ AI avec Protégé et la présentation des ambitions nées du rapprochement avec Doctrine, LexisNexis a profité d'une conférence de presse le 10 septembre 2026 pour exposer sa vision de l'avenir du droit à l'ère de l'intelligence artificielle. Un message central s'est imposé tout au long des échanges : dans un marché désormais largement équipé en technologies d'IA, la véritable différence se joue moins sur le modèle que sur la qualité du contenu juridique qui l'alimente.
Eric Bonnet-Maes, PDG de LexisNexis pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, souligne que le marché de l'IA juridique a dépassé le stade de la fascination pour les grands modèles de langage (LLM, Large Language Models). Selon lui, l'enjeu n'est plus technologique mais documentaire. Le principal risque identifié est la production d'un droit « trop vite produit, mal sourcé, plausible en apparence, mais impossible à vérifier ». L'intégrité juridique devient donc centrale, reposant sur deux piliers : des contenus vérifiés, propriétaires et mis à jour en permanence, ainsi qu'un environnement technologique sécurisé et maîtrisé. Cette approche vise à éviter que l'IA ne génère des informations juridiques erronées ou non vérifiables, un problème croissant avec l'adoption massive des outils d'IA par les professionnels du droit.
Une étude menée par LexisNexis et OpinionWay auprès de 150 professionnels du droit (avocats, notaires, directeurs juridiques) révèle que 57 % d'entre eux utilisent déjà un outil d'intelligence artificielle dans leur organisation. Cependant, seuls 27 % en font un usage régulier, et 24 % ont déjà confié une tâche juridique complète à une IA. Le principal frein à une adoption plus large n'est pas technologique mais lié à la fiabilité des sources, à la sécurité des données et à la conformité réglementaire. Les professionnels recherchent des contenus vérifiés, certifiés et traçables, ce qui explique leur prudence. Frédéric Micheau, directeur général adjoint d'OpinionWay, précise que la majorité des juristes restent dans une phase d'expérimentation, sans intégration profonde des outils.
Vincent Cattiaux, directeur stratégie de LexisNexis France, constate un changement de paradigme : il y a un an ou deux, les professionnels du droit étaient encore dans une phase de curiosité vis-à-vis de l'IA. Aujourd'hui, la généralisation des outils est acquise, mais leur utilisation opérationnelle reste limitée. Les juristes ne se contentent plus de rechercher des informations : ils souhaitent produire plus rapidement des documents, contrats et analyses. Cette mutation marque le passage de la recherche documentaire à l'exécution assistée par l'IA. Selon LexisNexis, cette évolution représente un « point de bascule » où l'IA devient un outil d'aide à la décision et à la rédaction, sans remplacer l'expertise humaine.
LexisNexis présente sa nouvelle plateforme Lexis+ AI, intégrant des mécanismes d'IA agentique. Contrairement aux IA classiques qui répondent en un bloc, cette technologie décompose un problème juridique en plusieurs étapes de raisonnement, comme le ferait un collaborateur humain. Elle recherche les informations nécessaires, vérifie leur exhaustivité et construit une réponse structurée. La plateforme inclut également des skills (compétences métiers) qui intègrent directement les méthodologies et bonnes pratiques des cabinets ou directions juridiques. Jean-Pierre Sirot, Chief Product Officer France, insiste sur l'objectif : assister les professionnels du droit sans les remplacer, en augmentant leur productivité et leur précision.
Elise Harari, directrice marketing de LexisNexis France, souligne que la sécurité et la conformité des données restent des priorités absolues. La solution Lexis+ AI est conçue pour garantir la confidentialité et la traçabilité des données, sans compromis. LexisNexis adopte une approche agnostique des modèles d'IA, c'est-à-dire qu'elle intègre plusieurs technologies et sélectionne la plus pertinente selon les usages. Récemment, le groupe a intégré le modèle Mistral parmi ses options disponibles. Cette flexibilité permet d'adapter les outils aux besoins spécifiques des professionnels du droit, tout en respectant les exigences réglementaires européennes.
Sophie Coin-Deleau, directrice éditoriale de LexisNexis France, rappelle que la valeur d'une IA juridique repose avant tout sur la qualité des sources qui l'alimentent. Une IA juridique de confiance se nourrit de contenus juridiques fiables et à jour. LexisNexis dispose d'un dispositif éditorial majeur : 8 000 auteurs actifs, 219 directeurs scientifiques et 30 nouveaux auteurs recrutés chaque semaine. La doctrine juridique joue un rôle central, notamment dans les systèmes de droit civil. Elle ne se limite pas à synthétiser les règles de droit : elle donne du sens, oriente les décisions et contribue à créer du droit. Pour accompagner l'essor de l'IA, LexisNexis annonce le développement de nouvelles publications spécialisées, tant en France qu'à l'international.
LexisNexis finalise l'acquisition de Doctrine, une plateforme juridique française, via son groupe mère RELX. Cette opération vise à créer un champion européen de l'IA juridique. Avec plus de 800 collaborateurs en France et 200 000 utilisateurs en Europe, l'alliance combine les contenus propriétaires de LexisNexis et les capacités technologiques de Doctrine. Guillaume Carrère, PDG de Doctrine, explique que cette fusion permet d'unir productivité, richesse documentaire et sécurité juridique. L'objectif est de répondre à une demande récurrente des utilisateurs : « Vous vous appelez Doctrine, mais vous n'avez pas de doctrine. » L'opération cherche à offrir une expérience unique, alliant fiabilité des sources et innovation technologique.
À l'issue de la conférence, LexisNexis réaffirme sa vision : l'IA doit augmenter les capacités des professionnels du droit, sans les remplacer. En combinant contenus propriétaires, expertise éditoriale, technologies agentiques et l'acquisition de Doctrine, le groupe se positionne comme un acteur clé de l'IA juridique en Europe. Eric Bonnet-Maes résume cette stratégie en soulignant la cohérence entre technologie, contenus, talents et acquisitions, toujours alignées sur les besoins des clients. L'enjeu n'est pas de substituer l'humain par la machine, mais de renforcer l'analyse et l'action des juristes grâce à des outils fiables et sécurisés.

